US Magazine 706 du 5 mars 2011

Des programmes pour déconstruire

Lehman Brothers, les révolutions arabes,
les politiques d’austérité en Europe, le
mouvement pour la protection sociale de
l’automne l’illustrent : il est fondamental de diffuser
des outils de compréhension des organisations
productives et sociales, de la mondialisation,
du chômage, des inégalités, des crises
financières... La demande sociale est forte et
l’École doit y répondre. Pour tous ces « objets »,
l’apport croisé de différentes sciences sociales
(économie, sociologie, anthropologie, science
politique...) est irremplaçable.

Une attaque politique
Depuis leur fondation, pour donner du sens
aux apprentissages, les sciences économiques et sociales ont défendu une entrée par les
objets, les questions, et non par un exposé
linéaire et interminable des concepts ou par
l’encyclopédisme démentiel d’un programme
construit sur un empilement de notions qui
conduit à un enseignement désincarné et
ennuyeux.
Ce qui est en jeu c’est bien une démarche
pédagogique qui conduit les élèves à
construire activement leur savoir à partir
du sens qu’ils donnent aux questions en
mobilisant des connaissances savantes. La
question centrale est de savoir si on forme
des esprits critiques ou des esprits
conformes.
L’attaque politique conduite par le ministre, sous l’égide du Medef et relayée par une certaine
presse, est sans précédent. Les nouveaux
programmes de Seconde et de Première
ES sont révélateurs : étude technique
d’outils et concepts pour eux-mêmes, cloisonnement
disciplinaire plutôt que regards
croisés au nom d’une hypothétique propédeutique,
et disparition de questions de société
(le travail, l’analyse en termes de classes
sociales évincée au profit de celle des réseaux
sociaux...). Il a fallu par exemple batailler
pour réintroduire la question du chômage en
Seconde.

Contre la liquidation des SES
Onze associations d’enseignants chercheurs
du supérieur, économistes, sociologues, politistes,
anthropologues, statisticiens et historiens,
viennent de publier une pétition contre
« la liquidation » des SES et demandent un
moratoire et une refonte du nouveau programme
de Première qui doit s’appliquer à la
rentrée 2011.
Pour le SNES, le ministre doit cesser
de s’obstiner à poursuivre dans
cette voie.
Ce combat des professeurs de SES
va au-delà des enjeux de leur discipline :
modalités de confection des programmes,
choix des contenus, absence de bilan et de
consultation, impasse sur la culture commune
et sur la réflexion pédagogique, tout est
contestable et s’oppose à la conception qu’il
porte de l’École.

Groupe SES
contenus.secretariat@snes.edu

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