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Un film d’Olivier Panchot (France)

"De guerre lasse" Sortie en salles le 7 mai 2014.

Alex, la trentaine massive et du genre "tête brûlée", est de retour à Marseille après quatre années d’absence au cours desquelles, engagé dans la légion pour échapper à la mafia, il a combattu en Afghanistan.

Sa fuite, liée à un crime qu’il a commis, ne l’a jamais laissé en paix et il a fini par déserter pour revenir dans sa ville et reprendre les choses où il les avait laissées.

Mais rien n’est plus dans le même état qu’au moment de son départ.

Son père, Armand, caïd d’origine pied-noir, a fini par lever le pied pour laisser la place au gang des Corses ou à celui des quartiers Nord de la ville.

Katia, dont il a toujours été amoureux, finit des études d’avocate à Aix-en-Provence et a des projets d’avenir avec un fils de famille.

Rachid qu’il considère comme son ami d’enfance et Katia ont évolué dans le même giron familial que lui, puisqu’ils sont les enfants de Raïssa, la compagne d’Armand depuis plus de vingt ans.

Le retour inattendu d’Alex et son comportement plus fougueux que jamais, vont rompre l’équilibre fragile où chacun s’était provisoirement réfugié.

Un à un les personnages vont être confrontés à leurs contradictions et devoir lever le voile sur des secrets enfouis, des mensonges et des non-dits.

Plus qu’un "polar" dont il adopte pourtant les codes avec filatures, tabassages, poursuites en voitures, confrontations musclées, " De guerre lasse" apparaît plutôt comme une sorte de western urbain où Alex ferait figure de cow-boy incorruptible débarqué en solitaire, dans un lieu où il n’a plus sa place.

La trame policière du film, parfaitement maîtrisée et d’un bout à l’autre plausible, laisse sa place à une histoire de famille toute en méandres et zones d’ombre.

De ce fait, "De guerre lasse" joue sur deux registres tout à fait compatibles : l’ampleur et la cruauté du film de genre d’une part et la coloration sentimentale d’un récit intimiste de l’autre, avec des personnages aux prises avec leurs démons.

Jamais au cinéma on n’aura traité avec autant de justesse et de discrétion, les relents tenaces de la guerre d’Algérie au sein d’une famille disparate, livrée au brassage de la double appartenance. Jamais on n’aura laissé de côté l’accent, le langage imagé généralement incontournable pour rejoindre une sorte de dignité dans le mélange des origines.

Au-delà de la force de son récit, de la fluidité de sa construction, de la tension latente qui accompagne l’histoire d’Alex d’un bout à l’autre, le film d’Olivier Panchot multiplie les atouts.

Un casting parfait qui réunit Tcheky Karyo (en caïd finissant) Jean-Marie Winling (redoutable mafieux), Hiam Abbas, comédienne palestinienne, sorte d’icône de la femme orientale, Sabrina Ouazani (découverte par Kechiche dans " l’Esquive ") et surtout un Jalil Lespert époustouflant tout à la fois physique et capable de donner toute une palette de jeu très inhabituelle dans le cinéma français.

Autre personnage du film : la talentueuse cité phocéenne filmée ici comme elle ne l’a jamais été autant dans sa modernité que dans son attachement à son passé, dans ses espaces ouverts et ses recoins sordides, dans l’aridité de ses paysages et dans l’apaisante présence maritime.

Olivier Panchot filme Marseille dans son ampleur et dans ses recoins de cité délaissée.

Le film peut être également vu comme une sorte de métaphore des relations tumultueuses entre la France et l’Algérie.

Magnifique !

Francis Dubois

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