Langues régionales

Courrier US mag 578 du 2 mai 2003

DEBATS Courriers 2003 DIWAN

Laurence Le Gal, Papeete

Diwan

En ce qui concerne l’enseignement par immersion, il permet à l’élève de maîtriser les 2 langues en les pratiquant de manière égale (bretonne pour l’essentiel à l’école et francophone pour l’essentiel dans son environnement extérieur). Les linguistes ont, depuis longtemps, relevé les bienfaits d’un bilinguisme précoce et souligné une meilleure disposition dans l’acquisition de langues nouvelles. Mais je ne pense pas que le fond du débat porte véritablement sur la pédagogie, alors passons. En ce qui concerne la disposition des Bretons vis-à-vis de leur langue, il convient d’être précis, une étude de l’INSEE " Propos sur la langue bretonne " de 1990 indique que 75 % des personnes interrogées en Bretagne sont en faveur contre 12 % qui sont d’un avis contraire. Résultats d’autant plus intéressant que l’histoire enseignée a occulté l’identité bretonne et ses particularités (eh oui, de l’île de Paques à la Chine en passant par la France, l’histoire est une matière avant tout politique !). Pour la vision passéiste de la volonté de parler une langue, il y a peu interdite, elle m’inspire cet- te remarque : Transposons un instant la méthode de destruction des langues " régionales " au français, inter- disons dans un premier temps son enseignement (ou réservons- là, à la LV2 ou LV 3), enseignons à la place l’anglais, réalisons l’opération sur cinquante ans. Bilan : le français ne sera plus par- lé que par les personnes âgées (et donc associé à une image passéiste) tandis que la jeunesse communiquera uniquement en anglais, véhiculant une image jeune et dynamique de la langue, après il suffira de relever que toute velléité de parler le français est un repli communautaire et lié à une vision passéiste. On me fera remarquer que cela n’est pas comparable, à raison d’ailleurs, il est en effet difficile d’endosser le rôle de la victime... Pour ce qui est des grammairiens qui ont codifié la langue. L’un d’entre eux a effectivement collaboré, son travail de grammairien n’en demeure pas moins réel. Faut-il détruire une école parce qu’il y a cinquante ans, l’un de ses maçons a eu un comportement condamnable, je vous laisse répondre... mais pourquoi alors ne pas appliquer cette sévérité aux intellectuels, artistes et administratifs de la France collaboratrice... On peut s’abriter derrière les lois (la loi Toubon par exemple) ou derrière la haute administration, mais il reste quand même une question : pourquoi, de la Bretagne à Tahiti, s’acharner à détruire les autres cultures qui font la richesse de notre territoire ? Peut-on s’extasier décemment devant la lutte des Québécois pour leur langue (richesse culturelle patrimoine historique) et avoir l’attitude inverse sur son propre sol ou les langues baptisées " régionales " sont dénigrées (repli communautaire, passéisme) ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un impérialisme culturel, doit-on colorier aujourd’hui le monde francophone comme on coloriait autrefois les colonies en rose ? Arrêtons le double langage et répondons franchement, le débat gagnera en rationalité, ce qu’il perdra en phantasme. Les Bretons ont financé et financent le budget de l’État pour un enseignement qui, tout en apportant certaines valeurs positives, occultait la langue et l’histoire d’une terre. A défaut de repentance, faisons preuve d’humanisme et de tolérance, donnons à Diwan les moyens nécessaires à son fonctionne- ment, je rassure en même temps les tenants de la désertification linguistique : la machine à uniformiser est en marche, elle est française (cocorico !) et elle le fait mieux que n’importe quel Mac Do. Vive l’exception culturelle à la française !

-  US MAGAZINE - Supplément au no 587 du 2 mai 2003

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