Actualité théâtrale

Théâtre de La Commune - Aubervilliers : jusqu’au 30 mars

"Courteline, Amour noir" De Georges Courteline. Mise en scène Jean-Louis Benoit.

Deux points de vue sur cette création de Jean-Louis Benoit qui propose, dans la petite salle du Théâtre de le Commune, à la suite l’une de l’autre, trois courtes pièces de Georges Courteline : "La peur des coups", "La paix chez soi" et "Les Boulingrin"

Contrairement au théâtre de Labiche ou à celui de Feydeau, ces "saynètes" ne fonctionnent sur aucune intrigue et peu de développement.
Sur une situation de départ, ici des problèmes conjugaux, il greffe les éléments d’une progression narrative par légers à coups, dans le face à face de couples en situation d’opposition.

© Antoine Benoit

Loin du vaudeville traditionnel, ses pièces qu’on peut lire comme des comédies et dont les situations et les dialogues prêtent à rire, sont des tranches de vie vues de façon cruelle et parfois féroce.
Les personnages ne font preuve d’aucune bonté, quand ils ne se situent pas dans la lâcheté et dans la médiocrité. L’écrivain feuilletoniste sans talent pénalise sa femme et lui attribue des amendes chiffrées qui diminuent d’autant la somme d’argent nécessaire au fonctionnement du ménage. Un couple passe son temps à se quereller et à martyriser à qui mieux le fragile dandy qui avait l’intention de trouver des "pigeons" auprès de qui jouer les pique-assiette.
Un mari pleutre se défile quand il s’agit de sauver l’honneur de sa femme courtisée par un fringant officier.
Courteline est un pessimiste et l’image du couple qui ressort de ces trois courtes pièces est bien sombre. Mais Courteline est drôle, très drôle, et les situations qu’il propose frisent ou parfois atteignent le domaine de la farce.
La mise en scène de Jean-Louis Benoit est vive, gesticulante et savoureuse. Il glisse dans le décor des éléments anachroniques, des aérosols ou un conteneur de vin rouge et c’est inventif…
Les comédiens ont la vitalité nécessaire et l’enthousiasme communicatif.
Un mystère : comment Thomas Blanchard fait-il, par sa gestuelle, pour diminuer le volume de son corps de moitié ?
Un divertissement de belle qualité.
Francis Dubois


Courteline est moins joué que Feydeau. Chez lui, pas de vaudeville empli de quiproquo, mais des petites scènes du quotidien, avec des personnages médiocres et méchants, proches de la vie ordinaire, et pourtant peu à peu, cela dérape et l’on glisse vers la folie, l’explosion. Jean-Louis Benoit a rassemblé dans cette soirée trois courtes pièces de Courteline, La peur des coups, La paix chez soi et Les boulingrins, où maris et femmes s’affrontent. Dans la première pièce, une femme se moque des rodomontades de son mari et le provoque avec une cruauté perverse. Dans la seconde, une femme rouée affronte un mari littérateur minable et radin. Dans la troisième, la haine atteint un sommet sous le regard ironique d’une petite bonne et la stupéfaction d’un invité qui fait les frais de la féroce bataille entre les époux. Cela démarre comme le dialogue d’un couple où l’homme et la femme n’ont plus d’amour et ne se supportent plus - et cela sonne assez vrai – et peu à peu la querelle tourne à la haine, à l’envie de voir partir l’autre puis de l’éliminer et finalement de tout démolir. Cela frappe vite et fort, tourne au délire et à la violence non maîtrisée. C’est cruel et pourtant très drôle.
Jean-Louis Benoit, qui a écrit et mis en scène de nombreux spectacles joués du Théâtre de l’Aquarium à la Criée à Marseille, en passant par la Comédie Française et le Festival d’Avignon, a réussi ici une mise en scène vive, fluide et rythmée, où l’on passe avec astuce d’une pièce à l’autre sans changer de décor. On retrouve d’une pièce à l’autre les mêmes acteurs, tous très bons. On peut particulièrement saluer Ninon Brétécher, qui passe d’un personnage de femme particulièrement teigneuse dans La peur des coups à celui de la soubrette qui, des clochettes au bout des doigts, organise avec une délectation perverse le désordre le plus total dans Les boulingrins.
Les mots claquent comme des balles. Mais les personnages sont si médiocres que l’on n’a pour eux aucune pitié. On se moque, on rit beaucoup, tout se termine en apocalypse et c’est très drôle.
Micheline Rousselet


Théâtre de la Commune
Centre Dramatique National d’Aubervilliers
2, rue Edouard Poisson
93 304 Aubervilliers Cedex.
Mardi et jeudi à 19h30, mercredi, vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 16h
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur
réservation impérative) : 01 48 33 16 16
www.theatredelacommune.com

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