Rouen

Compte rendu du stage syndical du 13 octobre 2005 à Rouen Professeur de documentation : quelles évolutions pour la profession ?

25 participants

J. P. Hennuyer recadre l’intérêt de ce stage en regard du Rapport de l’Inspection Générale, sur les politiques documentaires des établissements scolaires de juin 2004 dit "Rapport Durpaire", qui "interroge" les missions du professeur documentaliste.
Il rappelle l’existence de la boîte aux lettres nationale documentalites@edu et le site du SNES www.snes.edu.doc.spip. Des fiches- outils y sont disponibles pour se défendre face aux exigences de l’institution, mais aussi les archives syndicales (articlesUS, interventions et actions syndicales...

Après avoir conseillé la lecture de l’article de Jean-Louis Charbonnier dans le numéro 197 d’Inter CDI ,
http://www.snes.edu/docs/spip/article.php3?id_article=819
il fait un exposé et apporte un certain nombre de précisions.

Le SNES n’a jamais changé de position et il revendique la reconnaissance du métier de professeur- documentaliste
Des collègues sont à nouveau en réadaptation sans formation dans les CDI.
Le recrutement d’emploi Vie scolaire pour remplacer les documentalistes pose problème.
Il y a moins de recrutements que de départs à la retraite.
La circulaire de mission semble être mise en veilleuse : un courrier a été envoyé au ministère le 12 septembre 2005.L’inspection générale vie scolaire est invisible depuis quatre ans.
Une inquiétude : la mise en place du décret sur les remplacements : les documentalistes ne sont pas à l’abri.
Il s’agit avant tout de revendiquer une progression des apprentissages documentaires au collège et au lycée.

Corinne Faloise, commissaire paritaire fait un point sur la situation académique en précisant notamment l’absence de poste vacant au dernier mouvement de juin 2005 (il y en avait 9 en 2004. S’ensuit un tour de table et une discussion sur le métier.

Sont évoqués :

L’évolution du profil du métier inquiète :

L’injonction d’une ouverture maximum du CDI, l’imprécision et la diversification des missions, l’introduction des TICE mettent en danger la formation documentaire et la mise en œuvre d’une progression pédagogique.
Le flou pédagogique de la circulaire de mission de 86 risque de favoriser à terme la modification du profil du documentaliste vers une fonction de type plus administrative comme l’évoque le rapport Durpaire. La réactualisation de cette circulaire de mission est toujours à l’étude. Il n’y a toujours pas de groupe disciplinaire de documentation au MEN ni de programme officiel.
La difficulté à mettre en œuvre le B2i dans les établissements, le ministère en réaffirme la nécessité mais cela pose souvent problème. Le B2i pose -t- il bien la place du Professeur Documentaliste dans son organisation, son évaluation ? La maintenance du parc informatique dont il a la gestion représente une nouvelle charge de travail .
L’absence de considération : une collègue de lycée regrette que nous n’ayons pas les même droits que les autres professeurs (HS, inspection...) Une autre déplore un manque de reconnaissance au quotidien malgré des textes officiels (accompagnements aux programmes de CAP, module de formation professionnelle en 3 ème de découverte...)qui nous citent comme professeurs -documentalistes malgré aussi la mise en place du B2i.
La difficulté de concilier mission d’accueil , missions de formation et gestion : trois missions qui entrent sans cesse concurrence d’autant plus lorsqu’elles se pratiquent dans un seul lieu.
Des CDI engorgés en lycée et des CDI qui se vident en collège et en lycée professionnel
L’absence de foyer, de salle de travail, de salle de permanence en lycée et l’absence de personnel d’encadrement Vie scolaire conduisent trop souvent les élèves à se « rabattre » sur le CDI faute d’autres lieux d’accueil. Le CDI, lieu d’accueil par excellence, comme si les collègues de la vie scolaire n’avaient pas de rôle à jouer dans ce domaine. Le problème de l’accueil est à poser en Conseil d’administration car il concerne toute la communauté éducative, insiste une collègue.
On constate encore et toujours des inégalités dans les EPLE selon les CDI ( personnel, budget alloué ). Les conditions d’accueil et de travail au CDI varient selon les niveaux, les régions, la localisation des EPLE, etc...
Une collègue se plaint des problèmes de discipline de plus en plus importants dans les collèges et des emplois du temps sans trous afin que les élèves quittent l’établissement au plus vite. Une conséquence : des CDI qui se vident. Les établissements sont plus calmes mais on ne peut plus aider les élèves. Pour J. P. Hennuyer, ces emplois du temps compactés sont une fuite en avant. La position syndicale est celle d’aider les élèves à faire leurs devoirs par exemple. Plus les élèves sont dehors moins on lutte contre l’échec scolaire.
Les contrats précaires qui se réduisent. Globalement contestés par tous même s’ils étaient parfois précieux pour l’ouverture et le fonctionnement du CDI. Ils restent pourtant une menace qualitative pour le métier.
J .P. Hennuyer remarque que si l’on accepte des précaires, il faut savoir s’entourer de garanties, rédiger un cahier des charges concernant l’ouverture.
Il faut réclamer des postes insiste une collègue. L’ouverture avec des précaires dépend du rapport de force que l’on peut instaurer face à l’administration précise une autre, qui fait appel à l’inter- syndicale de son établissement en cas de problème.
Pour beaucoup de chefs d’établissement, l’ouverture maximum du CDI reste une priorité.
Le nouveau contrat Vie scolaire démontre une volonté ministérielle de casser le statut des personnels enseignants. Les contrats vie scolaire étant exclusivement recrutés, par les chefs d’établissement, sur des critères de chômage et/ou de difficultés d’insertion.
Au final, la mission de formation apparaît jamais très bien comprise notamment par l’administration.
Inquiétude pour l’évolution du profil du métier :
L’injonction d’une ouverture maximum du CDI, l’imprécision et le cumul des missions, mettent en danger la formation documentaire et la mise en œuvre d’une progression pédagogique. Ce flou risque de favoriser à terme la modification du profil du documentaliste vers une fonction de type plus administrative comme l’évoque le rapport Durpaire.

La virtualisation de l’information et son accessibilité partout dans l’établissement risquent de nuire à la vocation centrale du CDI même si les collègues présents réaffirment qu’Internet ne fournit que la documentation en ligne et que l’intérêt majeur du CDI réside précisément dans la coexistence de multiples supports documentaires. Elle inquiète d’autant plus que les établissements investissent beaucoup en matériel et que les budgets pour l’achat de documents diminuent. Ce problème devrait concerner pourtant toutes les disciplines. Le risque est grand de passer du professeur documentaliste à celui de gestionnaire des ressources documentaires et des gisements d’informations.Avec l’évolution du réseau en intranet, une collègue craint que les collègues de discipline se chargent de la formation à la recherche. D’autant, souligne une autre que des programmes notamment ceux de STG prévoient cette formation. On peut voir des écrans de BCDI représentés dans certains manuels de STG.

Les initiatives autour des nouvelles technologies : cartable électronique, TNT, Paraschool cautionnées par le ministère posent problème.
Sont aussi dénoncés :
la marchandisation de l’information.
le lobbying de certains éditeurs sur le Système éducatif,
Le partenariat avec des éditeurs privés,
l’ONISEP avec ses abonnements payants et ses publications de plus en plus coûteuses, le kiosque très cher qui fragilise le rôle des COP.
(l’ONISEP comme les CRDP, Poitiers par exemple qui exercent un lobbying sur les CDI)
Se profile à terme la question de la laïcité d’une part et de la marchandisation de l’éducation d’autre part. Doit-on accepter les propositions d’activités pédagogiques sponsorisées par des marques privées ? (Leclerc ou Disneyland ou Coca Cola....)

Le documentaliste, conseiller technique du chef d’établissement dans le rapport Durpaire.

Sans doute est-ce une volonté de rationaliser les ressources documentaires des EPLE. Mais on craint une ambiguïté car la constitution d’un conseil pédagogique contre lequel s’est prononcé le SNES, risque d’amener le COPPSY, le CPE et le documentaliste vers un rôle d’adjoint du chef d’établissement au préjudice de leurs missions pédagogiques. Parallèlement la dispersion des acès aux ressources documentaires, dans la ou les salles informatiques et la formation de tous les enseignants de discipline aux TICE nous fait craindre que les fonctions du Professeur Documentaliste se réduisent à des tâches administratives et de gestion. Le terme de « politique documentaire » est utilisé déjà par certains IPR IA . Il faut réaffirmer notre conception pédagogique d’une véritable politrique documentaire d’autant plus que ce terme apparaît dans les nouvelles épreuves du CAPES externe 2007. La revendication de la nécesssité des apprentissages documentaires marquant l’évolution de notre métier est sans aucun doute la réponse défensive/offensive à ce texte officiel.

La question des remplacements :

Philippe Laudou, secrétaire académique du Snes fait le point sur la question.
Le SNES dénonce le caractère inacceptable de ce décret qui ne peut en aucune façon concerner les documentalistes puisque ceux-ci ne peuvent toucher d’HSE et qu’aucune modification de cet état n’est notifié dans le décret. Néanmoins, tous les Professeurs Documentalistes présents témoignent de l’incidence des absences des collègues sur l’occupation du CDI depuis toujours. En même temps la question du remplacement du Professeur Documentaliste se pose quand ce dernier est absent.
Certains établissements ont refusé le protocole, d’autres en ont établi un très contraignant pour limiter les abus, d’autres encore ont annulé voyages, sorties et stages de toutes sortes ... La saisie sur salaire, inquiète. P.Laudou évoque la nécessité d’attendre sa mise en œuvre et les démarches judiciaires qui suivront probablement permettant alors un jugement qui fera jurisprudence dans le cas où un collègue se verrait effectivement imposer cette saisie sur salaire en refusant un remplacement. Le SNES a déposé une réclamation pour faire annuler ce décret qui n’a pas été examiné par le conseil constitutionnel.Un blog sur le site du SNES permet de se positionner sur la question.

Sur ce sujet lire un texte sur notre site
http://www.snes.edu/docs/spip/article.php3?id_article=808

et http://www.snes.edu/docs/spip/article.php3?id_article=816

Compte-rendu fait par Corinne Faloise, Evelyne Slonska, Elisabeth Payen

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