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Un film de Safy Nebbou (France)

"Comme un homme" Sortie en salles le 15 août 2012

Les adaptations de romans de Boileau-Narcejac, le célèbre duo d’écrivains, ont donné quelques chefs-d’œuvre au cinéma. "Celle qui n’était plus" qui devint sous l’égide d’ Henri- Georges Clouzot " Les diaboliques" ou "D’entre les morts" dont Alfred Hitchcock tira l’un de ses meilleurs films, "Vertigo".

On peut se demander en regardant "Comme un homme" que Safy Nebbou et Gilles Taurand ont adapté de "L’âge bête", si une telle entreprise en 2012 n’est pas vouée au ratage pour la seule raison que de tels récits appartiennent définitivement à un cinéma révolu.

Il aurait peut-être fallu lui conserver son époque pour que cette histoire de lycéens qui kidnappent leur professeur pour se venger de la sanction qui va frapper l’un d’eux, tienne debout.

L’actualisation du récit mais peut-être bien aussi, les maladresses ou les flous du scénario, vident le film de l’atmosphère qui aurait dû l’habiter.

Il y a cette jeune femme qui gît ligotée sur un grabat dans une cabane au fin fond des marais, à laquelle on ne croit pas beaucoup, l’accident qui foudroie l’un des deux lycéens et laisse l’autre désemparé face à une situation à laquelle il adhérait de moins en moins, les tourments d’un adolescent qui va payer cher le passage à la maturité.

Le film repose sur le décor d’une ville de province à proximité d’une région marécageuse et le film de Safy Nebbou ne se prive pas d’utiliser tous ces éléments, y compris une pluie torrentielle dans une ambiance nocturne, pour tenter, sans y parvenir vraiment, de créer l’atmosphère oppressante qui convenait au récit.

Comment croire au personnage de proviseur de lycée que joue sans conviction Charles Berling, quand le décor n’est jamais dressé, quand la disparition d’un de ses professeurs passe quasiment inaperçue ? Comment croire, en voyant Kevin Azaïs, un comédien qui doit avoir vingt-cinq ans bien sonnés, qu’il passe en fin d’année le bac de français (même si on prend la précaution de nous glisser dans le dialogue qu’il a accumulé deux années de retard dans sa scolarité) ? Comment croire, même si ce n’est qu’un détail, qu’on puisse, après s’être longuement débattu dans l’eau des marais, sortir de sa poche une cigarette bien sèche, prête à griller.

Toutes ces négligences de scénario sont regrettables et fragilisent l’entreprise.

Les éléments qui complètent cette histoire improbable d’enlèvement n’ajoutent pas grand-chose. On nous les distille avec parcimonie. Ainsi apprend-on l’accident de voiture qui a coûté la vie à la mère de Louis et que ni le père, ni le fils ne peuvent aborder, alors que le souvenir silencieux de cette femme qui les oppresse ne cesse, au fil du temps de les éloigner l’un de l’autre.

Et si le père et le fils finissent par trouver, grâce aux épreuves qu’ils auront traversé, le moyen de se rencontrer, il est trop tard pour qu’on s’en émeuve, trop tard pour qu’on ait envie de recoller les morceaux d’un récit qui n’a jamais su trouver ni la tonalité d’une œuvre noire, ni celle d’une histoire intime.

Francis Dubois

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