Comité stratégique des langues vivantes

Mise en place du CSDLV

Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale, a installé le 15 avril dernier un comité stratégique des langues qui a pour mission de « refondre l’enseignement des langues en France », formulation des plus inquiétantes.

On peut d’ailleurs se demander pourquoi le Ministère ne réagit que maintenant, alors que le rapport Legendre a tiré la sonnette d’alarme depuis longtemps, par exemple, en mettant en évidence une contradiction, qui ne fait que s’aggraver, en matière d’enseignement des langues vivantes : d’une part, un rétrécissement de l’offre linguistique autour de l’anglais et de l’espagnol, d’autre part, la nécessité pour les citoyens comme pour les États d’élargir leurs compétences linguistiques pour devenir (ou pour rester) des acteurs efficaces sur le marché mondial. Ce comité serait-il donc encore une gageure ?

On peut se le demander simplement en s’attardant sur les membres de ce comité. En effet, à côté de membres éminents ou d’experts, pas ou peu d’enseignants de langues y sont présents. De plus, quand on lit que « la question de la mobilité des jeunes et des enseignants constituera un autre axe de la réflexion du comité », on peut se demander s’il ne s’agit pas de déréglementer un peu plus l’éducation nationale. La phrase faisant référence à « d’éventuelles modifications de la répartition du volume horaire à chaque niveau afin de gagner en efficacité » n’est pas de nature à rassurer...

Par ailleurs, dans l’annonce de ce comité, de nombreux points suscitent l’inquiétude :

- « Pour la LV1, le niveau A2 du CECRL est validé au diplôme national du brevet (DNB). » Outre le fait que le A2 n’existe plus, jusqu’à maintenant les élèves avaient la possibilité de choisir entre leurs deux langues : est-ce cela promouvoir la diversification ?

- « La mise en place des groupes de compétences en langues permet de mieux prendre en compte les besoins spécifiques des élèves. » Le « dada » du Ministère, qui ne s’appuie sur aucune étude sérieuse, mais qui permet de faire des économies de postes et de moyens considérables. A l’heure actuelle, ils ne sont toujours pas obligatoires (voir : http://www.snes.edu/Groupes-de-competences,19359.html ).

- « L’apprentissage de disciplines en langue étrangère (mathématiques en espagnol par exemple) est aujourd’hui possible pour tous. Cet apprentissage était jusqu’ici réservé aux sections européennes et de langues orientales, sections internationales, sections binationales. » et « Les séries Sciences et technologies de l’industrie et du développement durable (STI2D), Sciences et technologies du design et des arts appliqués (STD2A) et Sciences et technologies de laboratoire (STL) proposent un enseignement technologique en langue étrangère. » Tout cela est séduisant mais, à moyens constants, c’est compliqué. De plus, il ne faudrait pas qu’à terme l’étude de la langue comme objet d’étude disparaisse, comme cela commence à être le cas quand l’épreuve de langue n’existe plus dans certains Bac.

- « Les lycées français s’ouvrent sur l’international : chaque lycée s’engage à développer un partenariat avec un établissement scolaire étranger. Les échanges entre établissements sont facilités par l’action européenne e-Twinning permettant à chaque lycée français d’entrer en contact avec un établissement européen par voie numérique. » S’il n’y a pas débat sur l’intérêt, la mise en place des échanges pose deux problèmes : comment faire des projets ambitieux quand les profs de langues n’ont plus de classe (car travaillant par groupes de compétences) ? Quelle aide matérielle et administrative est apportée aux enseignants se laissant dans ces projets ambitieux, quand on sait déjà la lourdeur d’organiser un « simple » voyage scolaire ?

Par ailleurs, il est intéressant de noter la référence au rapport Legendre qui proposait de « rendre l’enseignement des langues étrangères plus attractif, en particulier en proposant aux élèves des parcours d’apprentissage diversifiés, balisés et évolutifs. » Quand on sait l’état de la diversification des langues en France, où seul le binôme anglais/espagnol semble vouer à exister, cela fait presque sourire. S’il fallait le rappeler, diversifier l’offre linguistique implique de ne pas supprimer des postes ou des classes !

Enfin, le Ministère préfère donner les résultats des élèves au TOEIC, plutôt qu’aux certifications proposées par le MEN... Pourtant, les appels d’offre à l’origine de celles-ci coûtent des millions à l’Etat (voir : http://www.snes.edu/Certifications,19356.html ) !

En somme, l’idée de réfléchir à l’enseignement des langues dans ce pays est une bonne idée mais faut-il encore que les enseignants soient consultés et entendus, chose que le Ministère refuse de faire depuis des années, notamment lorsqu’ils dénoncent les effectifs pléthoriques des classes, la faible exposition dans et en-dehors de la classe, le flou concernant les programmes et le jonglage permanent entre ceux-ci et le CECRL et le livret de compétences.

Lien vers le site du Ministère concernant le comité :
http://www.education.gouv.fr/cid556...

En PJ, la lettre de mission au comité.

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