Situation et enjeux

Collège : alourdissement de la charge de travail

Le collège, première clef de la démocratisation du second degré, est abandonné depuis 2005 aux conséquences de la Loi Fillon et les difficultés s’amplifient. Le SNES ouvre le débat sur ce sujet pour permettre à la profession de reprendre la main.

Exercer en collège :
Stop à l’alourdissement de notre charge de travail !
Pour le respect et la revalorisation de notre métier

Comment aider tous les élèves à entrer dans les apprentissages ? Comment éviter les malentendus cognitifs et lever les implicites, notamment pour les élèves les plus éloignés de la culture scolaire ? Comment gérer sa classe ? Comment permettre à tous les élèves de s’approprier des règles de vie collective et de se construire comme des citoyens responsables ? Comment travailler un projet d’avenir avec eux ? Comment garder des exigences ambitieuses dans tous les collèges ? Comment échanger sur nos élèves autrement que de manière informelle dans la salle des profs ?
Voilà des questions parmi d’autres auxquelles nous aimerions bien avoir le temps et les moyens de répondre.

Au lieu de cela, nous faisons le constat que nos conditions de travail se dégradent d’année en année, que nous subissons de multiples injonctions qui alourdissent notre charge de travail, qu’on nous impose sans cesse des tâches nouvelles pour lesquelles nous ne sommes pas formés et qui dénaturent notre métier.

Cela se concrétise notamment par :

- un travail avec les élèves quasi exclusif en classe entière
- des classes (ou groupes de langues) aux effectifs de plus en plus lourds,
- des programmes disciplinaires volumineux que l’ont doit traiter dans le cadre d’horaires insuffisants
- des pressions pour accepter de prendre des HSA (heures supplémentaires année) au-delà de l’heure imposable
- une multiplication des postes à complément de service qui empêchent les collègues concernés de s’impliquer sérieusement dans chacun des établissements
- des pressions pour assurer en HSE le remplacement de nos collègues absents
- des pressions, également, pour rattraper nos heures de cours « perdues » à l’occasion des séjours linguistiques, des sorties scolaires…
- l’organisation de l’ASSR (attestation scolaire de sécurité routière) de plus en plus à la charge des seuls professeurs
- l’injonction de mettre une note de vie scolaire à tous les élèves de la 6ème à la 3ème
- une évaluation incessante et problématique de nos élèves : après la note de vie scolaire, on nous a demandé de valider le B2I (brevet informatique et Internet), puis le niveau A2 en langue vivante… et bientôt viendra le tour de valider l’ensemble des piliers du socle commun ;
- l’obligation d’enseigner l’histoire des Arts et de l’évaluer au brevet, sous la forme d’un oral passé sur le temps de nos cours
- l’injonction d’élaborer un parcours de découverte des métiers et des formations pour tous nos élèves à partir de la classe de 5ème, l’obligation de suivre nos élèves quand ils sont en stage en entreprise
- l’obligation, pour les professeurs principaux de 3ème, de mener un entretien individuel d’orientation avec chaque élève de 3ème et ses parents, en l’absence du COPsy (le texte ne prévoyant qu’il soit présent qu’« en tant que de besoin » !)
- des pressions pour assurer les heures de vie de classe de manière bénévole
- l’installation à marche forcée de l’ ENT (environnement numérique de travail ) et/ou du cahier de texte électronique, sans discussion préalable, sans formation pour tous, sans moyens horaires suffisants pour la mise en place ou la maintenance
- une multiplication des réunions pour assurer la liaison CM2-6ème ou 3ème-2nde, pour élaborer des projets pédagogiques, pour monter des partenariats, pour participer à diverses commissions (conseil pédagogique, CESC…)
- des pressions pour assurer, en heures supplémentaires ou pour compléter notre service, des activités dans le cadre de l’accompagnement éducatif qui peuvent vite entrer en concurrence avec les activités du temps scolaire
- des pressions pour assurer des stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires.

Dans le même temps, notre droit à la formation continue est remis en cause avec une multiplication des stages les jours où nous n’avons pas cours, et notamment le mercredi après-midi.

Cet empilement de tâches nouvelles a des répercussions sur nos conditions de travail déjà dégradées, sous l’effet des suppressions massives d’emplois. Il nous est impossible, dans ces conditions, de mettre en œuvre des pratiques pédagogiques diversifiées ou de monter des projets interdisciplinaires qui donneraient davantage de sens à nos enseignements. Il devient tout simplement difficile de mener à bien ce qui est au cœur de notre métier : enseigner.

Comment mettre en activité intellectuelle tous nos élèves sur des savoirs qui ne font pas forcément sens pour eux, comment pouvons-nous les mener à la réussite quand leurs conditions d’études se dégradent au sein de la classe, l’aide est systématiquement externalisée en dehors de la classe (avec des PPRE qui ne font l’objet par ailleurs d’aucun financement spécifique) ou dans le « hors temps scolaire » (dans le cadre de l’accompagnement éducatif ou des stages pendant les vacances) ?

Le cœur du métier est le même en collège et en lycée, mais il ne se décline pas du tout de la même manière au collège où se concentrent toutes les difficultés scolaires, sociales, familiales… et où les problématiques liées à l’entrée dans l’adolescence se font jour.

Le SNES revendique :

- que cesse cet empilement incessant de tâches nouvelles,
- que les tâches qui relèvent réellement de nos missions (comme l’aide aux élèves) soient intégrées dans nos services,
- que l’on respecte les spécificités et les missions des différents personnels de l’éducation nationale (surveillants, CPE, Copsy, assistante sociale, infirmière scolaire…), ce qui suppose de les recruter à la hauteur des besoins
- que l’on accorde du temps de concertation à tous les personnels dans le cadre de leur service afin de permettre de favoriser le travail en équipe, de croiser les regards sur les élèves les plus fragiles
- que de véritables discussions soient ouvertes sur la revalorisation de nos métiers

PROFESSEURS PRINCIPAUX, UNE TÂCHE QUI S’ALOURDIT, DES MISSIONS QUI S’ACCUMULENT

Les enseignants qui acceptent cette responsabilité voient d’année en année leur charge de travail s’alourdir : en effet, sous prétexte qu’ils perçoivent la part modulable de l’ISOE, tout est bon pour leur imposer de nouvelles tâches.

Après les heures de vie de classe, la préparation et le suivi des stages en entreprises en Troisième, on leur demande aujourd’hui de proposer une note de vie scolaire, de valider le B2i, d’assurer un entretien obligatoire d’orientation en Troisième, de recevoir les familles et de monter les projets pour les PPRE.

Avec les livrets de compétences qu’ils devraient renseigner l’an prochain, autant dire que la coupe est plus que pleine !

La fonction de professeur principal est une tâche intéressante, à laquelle tiennent les enseignants qui travaillent, dans ce cadre, au plus près des familles. Mais ils ne peuvent plus accepter un tel alourdissement de la charge de travail et une telle dénaturation de leurs missions.

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