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un film de Ragnar Bragason -Islande-

"Children" sortie en salles le 16 avril

Longtemps, l’Islande a été utilisée surtout comme décor naturel pour des productions cinématographiques. Mais depuis peu, une génération de cinéastes est apparue parmi lesquels Baltasar Kormakur avec "The sea" et plus récemment "Dagur Kari" dont Noi Albinoi fut primé en 2003 à Angers et au Festival du film nordique à Rouen.
Avec une population qui compte 40% de moins de 24 ans et une concentration de 60% de ses habitants à Reykjavik, l’Islande bénéficie d’une très forte fréquentation des salles de cinéma.
Jusque là peu de films islandais sont parvenus jusqu’à nous mais ce sont à chaque fois des œuvres singulières, dramatiquement chargées, oppressantes et qui s’apparentent aux caractéristiques âpres de la vie insulaire. Dans Children du cinéaste Ragnar Bragason, Karitas, une jeune femme de trente ans se bat pour élever et garder avec elle ses quatre enfants. Le père des trois fillettes qui a refait sa vie depuis leur rupture voudrait récupérer ses enfants. Gudmundur, l’ainé, douze ans, n’a jusqu’ici jamais vu son père, un jeune homme immature, violent et en rupture de bans avec la société. Grillé dans le milieu de petit trafic auquel il appartient et lâché par une famille qui le rejette, il voudrait subitement, pour amorcer un nouveau départ, jouer la carte de la paternité.
Karitas qui se débat dans des difficultés financières insurmontables a mis en place un petit trafic de médicaments. Seule, elle n’a, en dehors de l’amour qu’elle porte à ses enfants, de sympathie que pour Marino, un schizophrène d’une quarantaine d’années qui vit avec sa mère…
C’est avec la participation de ses comédiens que Ragnar Bragason a construit ses personnages et élaboré son scénario. Chacun ayant eu la mission de conduire son personnage d’après une expérience personnelle. Et c’est peut-être cette méthode de travail qui, ayant nourri le scénario et donné aux personnages une authenticité confondante, donne à ce film sombre, une espèce de luminosité qui le maintient sans cesse dans un mouvement constructif et une vitalité rayonnante. Le scénario ne livre pas facilement les situations et les personnages laissant au spectateur le plaisir de reconstituer le puzzle d’une histoire qui ne garde jamais longtemps ses zones d’ombre et échappe au moindre effet narratif. Le noir et blanc ajoute à la cohérence de l’ensemble.
Un film âpre et sans concessions dont la construction et les situations, jouant sur la précision du détail, finissent par faire de personnages banals, submergés par un quotidien éprouvant, des êtres d’exception et quelque part exemplaires.
Francis Dubois

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