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jusqu’au 16 décembre

"Chemin du ciel" de Juan Mayorga au Théâtre de la Tempête, conception & mise en scène Jorge Lavelli

Le théâtre de la Tempête et Jorge Lavelli nous permettent, en présentant "Chemin du ciel" dans la programmation, de découvrir le dramaturge Juan Mayorga qu’il faut considérer comme un auteur majeur de ce début de siècle. L’action se situe après la deuxième guerre mondiale quand un ex responsable de la Croix Rouge revient sur les lieux de ce qui fut un camp de concentration. Il retrouve cette rampe de ciment que longeaient les nouveaux arrivants depuis la gare et jusqu’à ce qu’on appelait l’infirmerie. Ce passage suspendu qui domine les voies ferrées et la rivière était appelé Le chemin du ciel.

Ce paysage en apparence anodin où la végétation a enfoui les ruines est marqué par toutes les souffrances dont il a été le témoin. L’homme qui inspecta autrefois le camp au titre de la Croix Rouge, fit au terme de sa visite un rapport positif sur ce qu’il venait de voir. En effet, rien, ce jour-là ne lui laissa supposer l’atrocité des faits qui s’y déroulaient. Il ne vit que des enfants en train de jouer, des musiciens qu répétaient leur musique, des marchands qui proposaient des marchandises à des promeneurs.
Le commandant chargé de l’accueillir redoubla d’amabilité à son égard et on lui présenta un pensionnaire du Centre comme le Maire de la ville. Il n’y eut d’apparent ce jour là, au cours de sa visite, aucune souffrance, aucune plainte, pas le moindre signe d’inquiétude.
La visite comporta même un déjeuner partagé avec la famille du maire.
Ce n’est que par la suite, de retour à Berlin qu’il ressentit à partir d’un malaise, un doute à propos de ce qu’il avait vu. Quelque chose dans le comportement des juifs l’avait troublé mais il attribua ses doutes au fait que la culture et les traditions des personnes présentes lors de la visite étaient trop étrangères aux siennes.
La pièce, dans une vision épurée et dramatique nous montre l’élaboration de la supercherie.
Le jeu du théâtre, dans sa part de mensonge, vient au secours de l’horreur en masquant la vérité et Mayorga, avec son texte, attire notre attention sur le fait qu’il est possible de masquer la vérité la plus terrible, de produire une fausse vision des événements et d’en convaincre un témoin pourtant avisé.
Juan Mayorga est né en 1965 à Madrid. Après des études en philosophie et mathématiques, ses recherches portent sur des thèmes récurrents comme la politique et le travail de mémoire.
Son œuvre qui compte une trentaine de pièces occupe une place à part dans la dramaturgie espagnole. Son théâtre essentiellement politique dénonce principalement le mensonge, la trahison, l’imposture, le goût du pouvoir, le mécanisme de la domination.
Parmi ses pièces traduites en plusieurs langues, Himmelweg et Hamelin sont publiées en France aux Editions Les solitaires intempestifs.
Metteur en scène de théâtre et d’Opéra, ex directeur du Théâtre National de la Colline jusqu’en 1996, Jorge Lavelli a monté en France et à l’étranger des auteurs aussi différents que Pirandello, Brecht, Debussy, Frantz Lehàr ou Copi. Sa dernière mise en scène en date était celle du Rey Lear de William Shakespeare créée au Theatro General San Martin de Buenos Aires.
Francis Dubois

Théâtre de la Tempête Cartoucherie de Vincennes, Route du Champ de Manœuvre 75 012 Paris. Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36 – www.la.tempete.fr

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