Actualité théâtrale

Jusqu’au 30 avril au Théâtre Artistic Athévains, partenaire Réduc’Snes

« Chat en poche », de Feydeau Mise en scène d’Anne-Marie Lazarini

Feydeau n’a que vingt-six ans quand il écrit «  Chat en poche  » mais on y voit déjà son univers. Il y peint une bourgeoisie qui se pique de prétentions sociales, n’a aucune retenue, pense que rien ne peut s’opposer à ses désirs et qui se révèle d’une bêtise remarquable. S’il n’y a pas de mari trompé, ce n’est pas faute de s’y essayer !

Monsieur Pacarel qui, comme il le dit lui-même « s’est enrichi dans le sucre par l’exploitation des diabétiques », s’est mis en tête de faire jouer un opéra écrit par sa fille et d’embaucher un ténor dans ce but. Cette décision va déclencher une avalanche de quiproquos où l’on prend pour un ténor un jeune étudiant, où celui-ci est doublement pris pour un autre, où une femme croit qu’il lui a parlé tendrement dans la colonne Vendôme, où des billets n’arrivent pas à ceux auxquels ils sont destinés mais à d’autres, où l’on confond chanter dans la Chapelle Sixtine et la visiter. Tout part d’un contrat conclu avec un jeune homme qui n’est pas celui qu’on croit, illustrant à merveille l’expression « acheter chat en poche », c’est à dire les yeux fermés.

Le texte est un régal de jeux de mots, un festival de quiproquos tel qu’on est proche de la folie, ce que pense d’ailleurs le jeune Dufausset, le fameux ténor, quand il est introduit dans cette maison. La mise en scène d’Anne-Marie Lazarini joue à fond la carte du déséquilibre. Le plancher est en pente, les chaises rococo, très fin XIXème, éclatent de couleurs criardes. Les entrées et sorties se succèdent à un rythme effréné et, pendant les intermèdes, qui permettent de déplacer les meubles, le célèbre air du Faust de Gounod déraille gentiment. Faisant mine de prendre le titre au mot, tous les acteurs réunis sur la scène, au début et à la fin de la pièce, font mine de chercher le chat avec la frénésie qui va marquer toute la représentation. Joli clin d’œil de la metteure en scène ! Les acteurs entrent avec plaisir dans ce délire cruel, où personne n’écoute l’autre, où la bourgeoisie que peint Feydeau révèle ses ambitions risibles, sa vanité, son égoïsme, sa médiocrité et sa bêtise. Jacques Bondoux, Frédérique Lazarini, Cédric Colas sont particulièrement remarquables, mais tous se laissent avec talent emporter par ce vent de folie où le rire nous entraîne vers le délire total.

Micheline Rousselet

Mardi, vendredi et samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h, samedi à 16h, dimanche à 15h

Théâtre Artistic Athévains

45 bis rue Richard Lenoir, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 56 38 32

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