Paroles d’e-docs 2005-2006

Ce métier, je l’ai choisi !

J’ai personnellement l’impression que la profession de professeur-documentaliste est sur une bien mauvaise pente !!!

Cela me révolte d’entendre qu’il y a 180 postes au concours cette année pour combler un peu plus de 500 départs en retraite !!! Cela me met en colère aussi ! Qui va les remplacer ??? Peu probable que tous les postes libérés soient vraiment soumis au mouvement !!! Vous vouliez-muter ? C’est bien dommage ! Je ne peux rester sans réaction ! Les règles du jeu changeant continuellement, on finit par se lasser et à trouver le système de plus en plus injuste !!! On sait qu’on est fonctionnaire d’état, on assume, mais on y laisse des plumes !!! Et voilà maintenant qu’on remet en cause notre « utilité »...

Est-il normal d’entendre dire qu’on suggère à des néo-titulaires de prévoir leurs arrières, car on ne sait pas ce que va devenir cette profession !

Je ne suis pas du genre à m’alarmer, mais je crois qu’il est grand temps de réagir, pas pour nous seulement, pour ceux et celles qui souhaitent exercer ce métier et qui ont les qualités, l’enthousiasme pour !!!

L’image de ce métier a été, on ne peut le nier, dévalorisée pendant un temps et je crois que l’on risque de faire un bond en arrière en laissant ouvrir les CDI en dehors du temps de présence des professeurs-documentalistes... C’est la porte ouverte à tout ! En effet, si notre présence, ne semble pas indispensable, elle me semble nécessaire, car tout fonctionnement en notre absence, permettrait de dire que nous ne sommes pas si utiles qu’on ose le prétendre...Certains diront que personne n’est indispensable...mais sommes-nous si inutiles ? Pourquoi alors, avoir tenté de redorer notre blason, à une époque ????

Je ne remets en cause les compétences de personne. J’estime simplement légitime de défendre cette profession que j’ai choisie !
Mon métier je l’aime, mais cela n’empêche pas que j’aspire à un minimum de reconnaissance !!!

Mon métier, je l’ai choisi avant tout pour la pédagogie, car après une expérience en bibliothèque universitaire, j’ai pris conscience que tout le monde ne partait pas sur un pied d’égalité et qu’il y avait des choses à enseigner pour aller plus vite, pour aller à l’essentiel... Qu’une démarche, une méthode s’acquiert et que pour certains, tout cela n’est pas inné mais qu’on peut leur donner des clés...

Mon métier, je l’ai choisi, car nous sommes libres de faire des tas de choses passionnantes, qui me viennent à l’esprit en désordre : donner aux élèves le goût du travail bien fait, leur apprendre à travailler ensemble, leur permettre de travailler autrement, les aider à développer des compétences multiples, leur ’apprendre à s’organiser, leur faire découvrir des livres ou des auteurs, les amener a réfléchir sur leur projet personnel et les aider à développer un sens critique face au monde qui les entoure ...

Je l’ai choisi aussi car les activités quotidiennes sont variées. Pas un seul jour ne ressemble à l’autre. Parfois on se sent débordé ! Mais quel bonheur quand on l’est...
Tout n’est pas toujours simple, il y a aussi les difficultés pour motiver les autres collègues, pour mettre en place des projets, mais qu’importe, ce qui compte, ce sont les élèves...

Mon CAPES, j’en suis fière. Je l’ai obtenu après l’avoir préparé tout en travaillant. J’ai passé une année de formation loin de mon académie d’origine pour être ensuite mutée en région parisienne. Certes, je préférerai être plus près de chez moi, mais nous sommes tous amenés à faire des concessions...pour un temps au moins !!!

Pour mon affectation, j’ai eu de la chance. En trois ans, trois assistants ont été recrutés pour le CDI. Deux d’entre eux ce sont révélés vraiment compétents, compétentes devrais-je dire. J’ai pu participer à leur recrutement et je m’en félicite, car le premier, effectué sans moi, ne m’a pas laissé le meilleur des souvenirs. J’ai apprécié leur enthousiasme pour ce métier. Pour le moment, aucune n’ouvre le CDI en dehors de ma présence, les jours où le CDI est officiellement fermé.

Il m’arrive néanmoins de leur faire confiance ou de déléguer, sur le créneau méridien ou pour de courtes absences prévues à l’avance, dans des conditions déterminées : accueil minimal et consignes précises. Mais vu l’expérience que fut la première année, pas question de laisser le navire à n’importe qui, ni dans n’importe quelle condition !

Cependant, je ne me fais pas d’illusions, cela risque de ne pas durer. « Pourquoi le CDI n’est pas ouvert le mercredi ? », m’a-t-on déjà demandé début d’année... D’un côté, je peux le comprendre, mais s’agit-il de l’intérêt des élèves ou d’un intérêt "économique" ?

Chacun aura sa lecture de la circulaire de l’académie de Poitiers,
http://www.snes.edu/docs/spip/article.php3?id_article=863
mais certains propos sont ambigus pour moi et peuvent être interprétés de plusieurs façons ! C’est cela qui est dangereux : l’ambiguïté !

Bien sûr, une circulaire trop stricte pourrait en ennuyer plus d’un...

Nous n’avons pas tous la même conception du métier, il faut bien l’avouer...

J’ai passé un CAPES de professeur-documentaliste, car j’avais une belle image de ce métier. Je pense faire tout mon possible pour mener à bien mes missions.

Dans mes moments de découragement, j’en suis parfois à me demander si je ne ferais pas mieux également d’aller voir ailleurs tout de suite !!! Je ne trouve pas ça juste après 5 années consacrées pleinement à ce métier !

Je suis "engagée" dans l’éducation nationale ! Je me sens investie aussi dans ma mission. Nous aussi, on a des choses à apporter aux élèves.
Si on ne veut plus des documentalistes certifiés, qu’on nous facilite au moins la vie pour d’éventuelles reconversions ! et qu’on nous offre les possibilités de nous « recaser » facilement... Mais que reste-t-il comme possibilité après les CDI ??? Là je deviens sarcastique, mais il y a de quoi !

Nous ne sommes pas les seuls à subir la crise. C’est vrai. Mais nous sommes en première ligne ! Et ça me fait mal au cœur ! En tant que titulaire, ils seront bien obligés de nous garder ! On pourrait donc attendre et voir ce qui va se passer...
Une question demeure, parviendrons-nous un jour a faire reconnaître cette profession ou tout simplement à la faire connaître ! Dans quelles conditions exercerons-nous demain ?Allons nous devenir des documentalistes-volants !!!! J’ai choisi ce métier pour la relation qu’on a avec les élèves. J’exige de rester à leur contact, pour ne pas perdre pied avec la réalité du terrain. Je veux aussi être gestionnaire et maîtriser ma politique d’acquisition. Bref, je veux continuer à travailler comme je le fais aujourd’hui !

Demain, je ferais grève pour le première fois depuis 5 ans, parce que j’aime encore ce métier et que j’ai encore envie de l’exercer ! Malheureusement, je ne pourrais sans doute pas me le permettre trop souvent !

Je rêve que l’on considère enfin notre travail, qu’on nous prenne pour des gens sérieux, pour de véritables professeurs, que nous sommes supposés être depuis 1991 !

Lydie, Versailles

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