US Magazine 737 du 21 décembre 2014

Cahier de textes numérique (CTN) : Une obligation de service

Outre informer les familles
(ou un éventuel remplaçant)
de ce qui est fait en classe,
communiquer aux élèves
« empêchés » une partie de ce
qu’ils ont manqué, évaluer pédagogiquement
les enseignants, le
CTN vise des objectifs moins
explicites. On devine en lisant
l’arrêté que le CTN devrait
servir de « point central numérique
 » de l’enseignement, les
cours y figurant in extenso, au
mépris d’ailleurs de la protection
des collègues du point de
vue des droits d’auteurs. Se
constituerait alors une masse de
ressources pédagogiques, et
l’acte d’enseignement s’appuierait
essentiellement sur le CTN.
C’est une vision très réductrice
de ce que peut être le numérique
dans l’enseignement.

Outil ambigu

L’organisation même du travail
de l’enseignant est changée et
contrainte : après le « visa » du
chef d’établissement, pas moyen
de compléter ce qui manquait !
Et quand le remplir : en classe en
tournant le dos aux élèves pour le
faire (si on a la chance d’avoir un
ordinateur dans la salle !) ? À la
maison parce qu’il y a la queue
aux ordinateurs de la salle des
profs ?

L’accès par l’IPR peut aussi poser
problème : l’enseignant doit parfois
extraire lui-même les données pour le mettre à disposition
de l’IPR.

Le CTN est ambigu pour élèves et
parents : il ne doit pas remplacer
le cahier de textes de l’élève, qui
a par ailleurs une valeur éducative
 ; il n’est pas non plus destiné
à servir de moyen de comparaison
des enseignants.

Des perspectives inexploitées

Enfin, la possibilité de conserver
ses propres données ou leur
durée de conservation sont souvent ignorées. Pourtant, c’est
un outil qui pourrait offrir de
nombreuses perspectives aux
enseignants, s’il n’avait pas été
aussi mal défini : pour certains,
c’est un gain de temps ; pour
d’autres c’est un support de leur
enseignement.

Le CTN est l’exemple criant
d’une politique qui ne voit le
numérique que sous la forme
d’une modernité apparente, et
pas celle d’une opportunité dont
les acteurs doivent se saisir et
non subir.

Le BO
Le Cahier de textes numérique
(CTN) remplace le cahier de textes
de la classe depuis le Bulletin
officiel n° 32 du 9 septembre 2010
,
par décision unilatérale du
ministère. C’est une spécificité
française.

Utilisateurs : qui sont-ils ?
Le cahier de textes numérique
s’adresse aux personnes ayant un
rapport direct avec les
enseignements dispensés dans
l’établissement où ce service est
proposé, en particulier :
- le chef d’établissement et son
adjoint ;
- les professeurs ;
- les élèves ;
- les parents d’élèves ;
- les conseillers principaux d’éducation et les personnels de
vie scolaire ;
- le conseiller d’orientationpsychologue ;
- les corps d’inspection, en relation avec le chef
d’établissement et dans le cadre de leurs missions sont aussi
concernés.

Droits d’auteur : Pas de pillage
La question des droits d’auteur se
pose, tant pour les devoirs que
pour les séquences pédagogiques,
puisque c’est presque tout le
cours de l’enseignant qui est
accessible par le cahier de textes.
Il faut faire reconnaître par la loi
la propriété intellectuelle de
l’enseignant sur son cours et
protéger ainsi ses droits à la
copie ! Valorisation de « bonnes
pratiques » n’est pas synonyme
de « pillage » autorisé !

TÉMOIGNAGE : “Le virtuel au détriment de l’humain”
Simone Pirez, professeure d’éducation musicale, en collège à Paris

Pour moi, l’utilisation du CTN doit rester formelle.
Ce que j’y note n’est que le squelette
de mon cours : grands axes de ce qui a été
étudié, devoirs pour le cours suivant. Je n’y
explique pas les exercices, ni l’analyse des oeuvres
car ça relève de ma pédagogie adaptée à chaque
classe. Je n’y mets pas non plus d’oeuvres pour
cause des droits d’auteurs (que je ne connais
pas toujours).
Ça représente un temps non négligeable hors
cours : ratés de connexion, fonctionnalités de
remplissage peu aisées... Nous en sommes à notre deuxième CTN (choisi par le principal) et les
fonctionnalités de celui-ci sont fractionnées et
non liées sur une même « page », donc peu ergonomiques
 ; par ailleurs, pas moyen de saisir plusieurs
classes en même temps (j’en ai vingt !).
Les élèves ont tendance à considérer le CTN
comme remplaçant leur propre cahier de textes,
alors qu’il ne devrait être qu’un pense-bête.
Pour moi, le virtuel se fait au détriment de
l’humain.

Chiffre
9% de la consommation électrique
française est liée aux data-centers
et aux ordinateurs.

Un site
2014 vu par Isaac Asimov en 1964
www.nytimes.com/books/97/03/23/lifetimes/asi-v-fair.html

Rubrique réalisée par Jean-François Clair

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