Rapports

CE : des langues pour l’emploi

Ce rapport se place dans le nouveau cadre stratégique pour la coopération européenne en matière d’éducation et de formation (« HE 2020 »). Cette stratégie européenne pour 2020 vise à répondre aux besoins du marché du travail, en planifiant mieux la formation et en rappelant que « les compétences linguistiques et interculturelles augmentent les chances d’obtenir un meilleur emploi » et qu’il faut « utiliser les compétences linguistiques des citoyens issus de l’immigration ».

Ce rapport se veut donc dans la continuité :
- des conclusions du Conseil à Barcelone (mars 2002) qui s’était engagé à donner aux apprenants la possibilité d’apprendre deux langues étrangères ;
- de la recommandation de 2006 sur un cadre de huit compétences-clés dont la communication en langues étrangères fait partie pour l’épanouissement personnel, le développement, la citoyenneté active, l’inclusion sociale et l’emploi.

Ce rapport – résultat d’échanges au sein du groupe d’experts thématiques « Les langues pour l’emploi » mis en place par la Commission Européenne en 2010 – a pour objectif de produire des recommandations politiques qui peuvent apporter une meilleure adéquation entre l’offre et la demande de compétences linguistiques sur le marché du travail européen.

Le rapport rappelle que :
- les compétences linguistiques sont considérées par les employeurs comme une des dix compétences les plus importantes pour l’avenir ;
- la connaissance de plus d’une langue est souvent considérée comme une démonstration de l’ouverture culturelle et d’adaptabilité ;
- la demande pour les langues étrangères et les compétences de communication est en constante augmentation sur le marché du travail européen.

Pour répondre à ces besoins et augmenter la motivation des apprenants, le rapport fait référence au développement et à la diffusion de nouvelles méthodes d’enseignement des langues. Ces méthodes devraient
être centrées sur l’apprenant et orientées sur une pratique plus appropriée à des contextes professionnels, en insistant particulièrement sur la compétence interculturelle afin d’être en capacité de travailler en équipes multilingues et multiculturelles. Cela suppose que la mobilité des apprenants (stages) et des enseignants soit accrue, par un partenariat entre autorités locales et régionales, les entreprises et l’éducation. Le rapport préconise :
- que les pouvoirs publics et les entreprises s’impliquent dans le financement des langues à orientation professionnelle et des actions de mobilité, comme les stages à l’étranger ;
- que les conseils régionaux collaborent avec les employeurs pour évaluer les programmes d’enseignement et pour contribuer à l’orientation des élèves dans leur choix de carrière ;
- que les chambres de commerce fournissent une étiquette « langues des affaires » à des entreprises utilisant les langues dans un contexte multilingue et finançant des filières d’enseignement.

Voilà c’est dit : l’Europe recommande aux entreprises de s’impliquer dans le financement de certaines langues et aux conseils généraux d’évaluer les programmes d’enseignement, aux chambres de commerce de financer des filières d’enseignement. On ne peut être plus clair.

Le rapport dresse une liste de dispositifs déjà existants, s’appuyant sur le CECRL (défini comme offrant « transparence » et « authenticité ») et jugés prometteurs :
- la méthode Emile ;
- la méthode Surveylang.

En effet, le rapport rappelle que les employeurs exigent des diplômes / certificats comme preuve de compétence linguistique. Mais il préconise que les compétences acquises en-dehors du système formel d’éducation soient aussi reconnues, par exemple à travers le dossier accompagnant le Passeport de langues Europass.

Le rapport recommande également une offre plus large de langues enseignées et apprises, en rappelant que si l’anglais est extrêmement important, de nombreuses autres langues apporteraient une plus-value importante, comme les langues des immigrants (au moins 175 nationalités présentes en Europe, d’après le rapport) qui doivent être « valorisées » et utilisées « stratégiquement » car, en reprenant les conclusions du rapport de 2009 sur les enfants issus de l’immigration des ministres de l’Education, il est rappelé que l’intégration réussie des migrants demeure une condition préalable pour la compétitivité européenne et la cohésion sociale et que la maîtrise de la langue d’origine apporte des avantages professionnels. Il précise également qu’une enquête réalisée auprès de 2000 PME en 2006 a montré que la liste des souhaits des PME européennes, en dehors de l’anglais, étaient en allemand, français, russe et espagnol, sans négliger l’arabe qui, avec la mondialisation, gagne en importance et les langues frontalières qui développent le commerce frontalier et permettent d’assurer les services sociaux entre Etat voisins [1].

Alors là, le SNES-FSU ne peut être que d’accord ; c’est ce qu’il réclame depuis fort longtemps mais hélas sans succès puisque l’absence de diversification des LV en France est plus qu’alarmante. Jacques Legendre, sénateur UMP avait fort bien montré dans un rapport de 2003 la situation et avait poussé un cri d’alarme. Il n’a pas été entendu. La situation s’est beaucoup dégradée depuis 2003.

D’après le rapport, le multilinguisme attendu doit être encouragé à tous les niveaux scolaires, par un changement des méthodes d’apprentissage. Or, dans près de la moitié des États membres, les étudiants n’ont toujours pas la possibilité d’étudier deux langues au cours de leur scolarité obligatoire. De plus, le nombre de langues offertes et le niveau des résultats varient considérablement entre les secteurs, les types et niveaux de programmes (par exemple, plus de langues dans le secteur du tourisme que dans d’autres). Enfin, en dépit
d’une tendance croissante depuis 2000, les apprenants de la formation professionnelle étudient moins de langues étrangères que ceux des filières générales.

Des progrès ont été faits en France à ce niveau avec une généralisation d’une deuxième langue dans les Bac Pro tertiaire, même si des problèmes de continuité existent entre le collège et le LP.

Par ailleurs, le rapport pointe la pénurie d’enseignants bien formés avec les compétences nécessaires pour enseigner une matière dans une autre langue que la langue d’enseignement.

Nous sommes aussi d’accord avec ce point : la formation est très carente et des habilitations sont données à des collègues désireux d’enseigner une DNL alors que le niveau nécessaire n’est pas atteint dans la langue.

Il considère que c’est le principal obstacle au développement de la méthode EMILE et à l’immersion en apprentissage dans de nombreux pays. Par conséquent, il préconise :
- une révision approfondie des méthodologies actuelles ;
- une nouvelle approche de la formation des enseignants ;
afin que les barrières entre l’enseignement des langues et l’enseignement des autres matières soient moins
impénétrables à l’avenir.

Concernant les enseignants, le rapport conseille également une plus grande mobilité [2], notamment via le programme Leonardo da Vinci ou le programme Jules Verne.

Concernant les élèves, il explique que la mobilité peut aussi être virtuelle, pour renforcer la motivation des apprenants, par exemple à travers de nombreux projets de jumelage électronique comme E-twinning.

Sur la validation des compétences des élèves en langues vivantes, le rapport fait référence à un certain nombre d’initiatives :
- le passeport des langues Europass (qui fournit un dossier de compétences et d’expériences acquises en-dehors du système éducatif et devrait être un outil harmonisé et opérationnel sur le marché du travail européen, selon le rapport),
- le cadre européen des certifications (CEC),
- l’European Credit Systeme.

Néanmoins, le rapport explique que les employeurs ne souhaitent pas se fier uniquement aux certificats ou diplômes de compétences en langues mais désirent que les candidats puissent fournir une preuve des compétences linguistiques acquises lors de longs séjours à l’étranger, d’échanges, de stages, etc, car parfois les certifications ne montrent pas les déficits des candidats dans les compétences pratiques.

Il y a beaucoup à faire pour permettre à tous les élèves de faire des séjours linguistiques. Il faudrait, par exemple, créer des bourses permettant à tous les élèves qui n’en ont pas les moyens de partir à l’étranger.

En PJ, le rapport.

Notes

[1Le rapport fait référence à Eurydice qui rappelle que seulement 2,7% de toutes les langues apprises par les élèves dans l’enseignement secondaire général dans l’UE sont autres que le français, anglais, espagnol, allemand et russe et qui ne publie pas des données spécifiques sur l’enseignement des langues dans l’enseignement professionnel.

[2Sur ce point, il n’est pas inutile de voir le lien avec la circulaire n°2011-116 du 03/08/2011 sur la mobilité européenne et internationale.

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