Rapports

CE : compétences en LV des adolescents européens

Le 21 juin 2012, la Commissaire Madame Androulla Vassiliou a annoncé les résultats de la première évaluation des compétences en langue étrangère des élèves.
http://ec.europa.eu/languages/news/20120621-eslc_fr.htm

L’étude a été menée au printemps 2011. Elle fournit aux pays participants des données comparatives sur les compétences linguistiques testées dans 14 Etats membres. Dans chaque Etat participant, l’étude a évalué les compétences des élèves dans les trois domaines suivants : compréhension écrite, compréhension orale et production écrite dans les deux langues étrangères les plus fréquemment étudiées dans chaque Etat membre, parmi les langues officielles de l’Union européenne, telles que l’allemand, l’anglais, l’espagnol, le français et l’italien. Dans l’ensemble, près de 54.000 élèves de 14-15 ans ont été évalués.

Les résultats démontrent une nécessité d’amélioration. Seulement 42% des élèves évalués ont été considérés comme compétents dans la première langue étrangère testée et 25% dans la seconde. De plus, un grand nombre d’élèves n’a pas atteint le niveau de base. C’était le cas de 14% d’élèves testés dans la première langue et 20% dans la seconde langue.

L’étude met également en évidence que le niveau de compétence est très varié dans les pays participants. Pour la première langue étrangère, la proportion d’élèves qui atteignent le niveau d’utilisateur de base varie de 82% à Malte et en Suède (anglais) à 14% en France (anglais) et 9% en Angleterre (français). Quant à la seconde langue étrangère, le niveau d’utilisateur indépendant est atteint par 4% des élèves en Suède (espagnol) et par 6% des élèves en Pologne (allemand), comparé à 48% aux Pays-Bas (allemand).

La Commission européenne s’est fixée pour objectif de renforcer le soutien à l’apprentissage des langues étrangères et va proposer un critère de référence sur les compétences linguistiques d’ici à la fin de 2012.

Remarques du SNES :

Sans surprise, l’anglais est la langue étrangère la plus largement parlée (38 %), devant le français (12 %), l’allemand (11 %), l’espagnol (7 %) et le russe (5 %). L’anglais domine dans 19 des 25 pays où il n’est pas la langue officielle (Royaume-Uni et Irlande).

→ Nous dénonçons depuis des années le recul de la diversification qui a été croissant. En France l’anglais LV1 s’est taillé la part du lion entraînant une chute catastrophique des autres langues y compris l’allemand. Pour la LV2, il en va de même avec une prédominance de l’espagnol. Pourquoi ce quasi monopole de l’espagnol comme LV2 : les considérations budgétaires priment sur tout le reste.

La Commission, dans le même rapport écrit qu’il faut « promouvoir davantage des possibilités d’apprentissage informel hors de l’école, et envisager l’exposition aux langues à travers les médias traditionnels et sociaux ».

→ Voilà des lustres que nous demandons qu’il y ait en France plus de documents en version originale sous titrée dans les medias or il n’y a aucune avancée sur ce point.

Constatant que « les systèmes éducatifs peuvent avoir une influence positive sur le niveau des langues », la commission incite les pays à « permettre un début d’apprentissage précoce des langues étrangères ou à augmenter le nombre de langues étrangères apprises ou encore en développer des méthodes permettant aux élèves et aux professeurs d’utiliser des langues étrangères pour communiquer dans certains cours ».

→ Les ministères successifs français ont fait le choix du tout anglais à l’école primaire au nom de la demande sociale. Le SNES demande une plus grande diversité linguistique au niveau du primaire en s’appuyant sur les compétences des professeurs des écoles qui maîtrisent une langue , quelle que soit cette langue. Il s’appuie pour ces demandes sur les travaux de nombreux chercheurs. Peut-on attendre des changements du nouveau ministère qui, en informant, pourrait contribuer à infléchir la dite demande sociale ? Quant aux cours permettant d’utiliser les langues, cela fonctionne dans le système bilingue à parité horaire des langues régionales dans le premier degré et le second degré. Cela existe aussi dans le second degré pour les langues étrangères mais reste marginal : dans les sections européennes et internationales qui ne concernent qu’un nombre limité d’élèves.

S’agissant du niveau, la France se classe dans les derniers avec 14 % de jeunes qui obtiennent un niveau « indépendant » mais aussi 31 % des adolescents qui n’arrivent pas au niveau d’un « utilisateur de base ». La plupart des jeunes (40 %) ont un niveau de base (phrases isolées, tâches simples, environnement immédiat).

→ En réduisant le nombre d’heures d’enseignement et en augmentant les effectifs ; en introduisant le Cadre européen sans formation des enseignants, il n’est pas étonnant que les résultats ne s’améliorent pas. Tant que les conditions d’enseignement des LV ne changeront pas, il n’y aura pas de miracle en dépit des efforts des enseignants.

Cambridge Esol, communiquant sur ce rapport, se félicite que le niveau des jeunes français s’améliore d’année en année grâce à ses certifications.

→ Soit, mais il ne faut pas oublier que ces certifications sont réservées aux seuls élèves des sections européennes souvent sélectionnés pour leurs bonnes aptitudes scolaires donc mieux préparés car bénéficiant d’une plus grande exposition aux langues. Nous souhaitons que le plus grand nombre soit mieux préparé et évalué grâce à des diplômes.

En conclusion, ces résultats sont à relativiser.

Les auteurs de l’enquête reconnaissent eux-mêmes que certains “aspects par lesquels les populations testées diffèrent peuvent influer sur les performances et donc sur les résultats de l’enquête” (p.18) - par exemple le nombre d’années d’études de la langue antérieures à l’enquête, le caractère obligatoire ou non de l’apprentissage d’une langue, le nombre de langues obligatoires.

Le contexte linguistique et culturel est également primordial : les Maltais sont bilingues car l’île fut occupée par les britanniques pendant plus d’un siècle et demi. Malte est même devenu une destination prisée de séjours linguistiques pour améliorer son anglais au soleil. Le néerlandais et le suédois sont du groupe des langues germaniques comme l’anglais ; ces pays ont aussi fait le choix d’introduire l’anglais dans leur culture quotidienne.

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