Actualité théâtrale

Théâtre Nanterre-Amandiers

"Britannicus" Jusqu’au 27 octobre

Dès le lever de rideau, le palais de toutes les intrigues s’impose au regard : une vaste scène où Agrippine, mère de l’empereur Néron, fait le constat amer d’un fils qui la fuit et la prive de son rôle et du pouvoir auquel sa lignée familiale l’a promise. Une large ouverture sur un mur de brique en fond de scène, de petites ouvertures latérales invitent à imaginer ce qui se passe derrière la scène. Un empereur, torse nu sous un manteau rouge, observe ses proies, des amoureux tentent de se rencontrer hors de son regard, une impératrice s’emploie à tisser des réseaux qui lui permettraient de retrouver son pouvoir, des conseillers interviennent, Narcisse flatteur et sournois, Burrhus plus direct, parfois maladroit, mais plus clairvoyant qui pressent en Néron le tyran qui fait ses premières armes.

Crédit Pascal Victor

Lorsque Racine écrit Britannicus, il montre qu’il n’est pas que le peintre de l’amour galant, comme le prétendaient les partisans de Corneille. Il relève le défi en mettant en scène une tragédie politique romaine sur la question du pouvoir. Britannicus nous passionne parce que les personnages ne sont pas monolithiques. Ils nous laissent dans l’incertitude d’une scène à l’autre. Néron semble décidé à gagner Junie, mais il hésite, semble écouter sa mère et pourtant finit par tuer Britannicus. Agrippine pense qu’elle a convaincu son fils et comprend finalement que sa créature lui a échappé. Burrhus espère que Néron finira par être un bon empereur, mais révèle ses doutes à la fin.

Certaines mises en scène ont plutôt mis l’accent sur les passions qui s’affrontent, d’autres sur la quête du pouvoir. Jean-Louis Martinelli veut tenir la balance égale entre ces deux options. Il écrit « L’intérêt de la pièce réside bel et bien dans l’observation de ces mécanismes qui font que les comportements passionnels conditionnent la quête du pouvoir mais que son exercice exige la maîtrise des débordements de la passion ». Néron aurait pu être un bon empereur, mais par le jeu des passions, politique et amoureuse, il devient un tyran, un monstre.

Alain Fromager incarne un Néron inquiet et calculateur. Il dit à Narcisse : « C’en est fait, Néron est amoureux », mais le tyran est bien là, manipulateur brutal et sadique, qui se réjouit des larmes de Junie et qui jouit beaucoup plus à l’idée de déposséder de cet amour son demi-frère avant de l’éliminer, qu’à celle de posséder Junie. Anne Benoit, qui a joué sous la direction des plus grands metteurs en scène, incarne une Agrippine en qui amour maternel, orgueil et ambition entrent en conflit. Touchée par l’éloignement de ce fils qu’elle croyait sa créature dévouée, elle n’entend pas être dépossédée de son pouvoir et laisse l’ambition l’emporter. Anne Suarez en Junie, avec sa blondeur et sa robe blanche et Eric Caruso, en Britannicus candide et imprudent, constituent le contrepoint à la noirceur de Néron et de sa mère. Grâce à eux, on se laisse réenchanter par la beauté et la poésie de la langue de Racine.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30, le jeudi à 19h30
Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00
www.nanterre-amandiers.com

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