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Brevet 2008 : n’oublions pas d’évaluer le devoir de faire preuve d’esprit critique ! Retour sur les sujets d’Histoire, Géographie et Education civique pour le Brevet 2008

Le groupe Histoire-Géographie du SNES a reçu un nombre important d’avis de collègues inquiets - voire outrés - par les sujets de la session 2008. En outre, les consignes de correction données dans les académies n’ont fait qu’accroître leur sentiment que nos disciplines étaient tantôt "bradées" tantôt instrumentalisées... Que devient l’esprit critique ?

Les enseignants d’histoire, géographie et éducation civique sont toujours très attentifs aux sujets proposés aux élèves dans le cadre du diplôme national du brevet, tant ceux-ci révèlent les attentes de l’institution quant à la formation dans nos disciplines au collège.

Les sujets nationaux de la session 2008 sont particulièrement consternants, tant pour l’activité intellectuelle demandée aux élèves que pour l’approche des thèmes retenus.

Le contraste entre un questionnement très simple, se limitant à des prélèvements d’informations dans les documents, et l’exercice du paragraphe argumenté aboutit à des copies bien difficiles à évaluer.

Le sujet de géographie ne comporte que des documents à sens unique

En énumérant « les atouts » de la puissance française, tandis que le paragraphe invite les élèves à « montrer que la France est une puissance mondiale » : pas étonnant alors que les élèves se soient limités à un catalogue promotionnel, non seulement bien loin du raisonnement géographique sur les espaces de cette puissance auquel les enseignants s’efforcent de les former, mais encore plus de l’esprit critique et du sens des nuances essentielles à nos disciplines.

Comment confronter des sources de manière critique quand celles-ci proviennent directement de la Présidence de la République (doc. 1), des entreprises multinationales (doc. 2) et du Ministère de la Défense (doc. 3) !?

Le sujet d’éducation civique introduit une notion qui ne figure pas dans les programmes de troisième : les « devoirs du citoyen »

Ces programmes ne mentionnent, à une seule reprise, que le terme « obligation ». En fait, celui de « devoir » ne figure dans aucun des documents de référence, ni dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, ni même dans le très complet « Guide républicain » publié en 2004 par le ministère. Rien ne justifie donc l’équilibre établi par le sujet entre « les droits et les devoirs », et encore moins l’insistance de la formulation du paragraphe argumenté : « montrer que, si les citoyens disposent de droits, ils ont aussi des devoirs », y compris lorsqu’il s’agit de caractériser la République sociale.

Nous estimons que l’on quitte là le domaine de l’éducation civique pour entrer dans un enseignement moralisateur, qui vire à la caricature quand les corrigés proposent « fraternité » comme bonne réponse à une question sur les « devoirs » auxquels fait référence l’expression « république sociale ». Et on n’ose pas penser que puisse figurer parmi les devoirs du citoyen géographe l’agenouillement devant la puissance mondiale de la France...

Nos disciplines, nos élèves et notre République méritent mieux que ça !

Ces sujets de brevet sont bien loin des finalités intellectuelles, civiques et culturelles affirmées par les programmes de nos disciplines.

Cette épreuve du diplôme national du brevet doit être impérativement repensée à la hauteur des efforts des enseignants pour développer effectivement l’« exercice du jugement critique et raisonnable » et aider les élèves à « comprendre le monde contemporain et agir sur lui en personne libre et responsable, être présent et actif au sein de la cité » (extraits des programmes de 1995) .

Le groupe histoire-géographie du SNES - Juillet 2008

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