L’éducation prioritaire avant la réforme Robien de 2006

Bilan des ZEP : une politique « opératoire »

Les moyens dévolus aux Zep n’ont jamais été à la hauteur des enjeux. Mëme si le bilan est mitigé, il reste, aux dires même des services du Ministère, "opératoire".

Les moyens supplémentaires octroyés à l’éducation prioritaire (8% à 10% de dotation complémentaire en moyenne) n’ont pas permis de faire réellement la différence. Les différents gouvernements depuis 2002 n’ont eu de cesse de dénigrer les résultats de l’éducation prioritaire pour imposer progressivement l’idée d’une réforme en bouleversant la philosophie et les objectifs. On se souvient d’ailleurs des déclarations de Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, qui demandait à « déposer le bilan des Zep », sans qu’il estime nécessaire de justifier sa position, et qui ont jeté le doute sur l’efficience de la politique d’éducation prioritaire.
Pourtant, le bilan est bien plus positif. Même si Jean-Yves Rochex considère que le bilan des Zep est « malaisé à faire », un certain nombre d’études et de rapports permettent de dresser un tableau encourageant.

L’étude de l’INSEE

Datant de 2003 mais à nouveau publiée en septembre dernier dans une version fortement allégée, elle concluait que « la mise en place des ZEP n’a eu aucun effet significatif sur la réussite des élèves, mesurée par l’obtention d’un diplôme, l’accès en quatrième, en seconde, et l’obtention du baccalauréat. » Cette étude a fait couler beaucoup d’encre et peu de personnes semblent en avoir fait une lecture exhaustive. Les auteurs n’ont pas pu mesurer finement les effets du voisinage et du contexte social. En effet, les établissements ZEP sont (par définition) situés dans des quartiers ou sur des territoires plus défavorisés que la moyenne, ceux là même qui ont subi de plein fouet la montée de la précarité du travail et de ses effets sur les modes de vie sur les familles, la dégradation des conditions de logements sociaux et de l’accès aux soins et aux services publics. Ces éléments, absents du travail de recherche, sont pourtant au cœur de la construction des difficultés scolaires ou constituent tout au moins un facteur aggravant (selon Daniel Thin et Mattias Millet « Ruptures scolaires », Puf 23005).

Les études du Ministère et de la DEP

Elles constatent qu’un quart des élèves scolarisés en Zep/Rep ne maîtrisent pas ou mal les compétences générales des programmes et 15 % les maîtrisent très bien. Ces chiffres sont inverses pour le reste de l’enseignement public.
Mais elles montrent que « les écarts sont restés du même ordre alors que les établissements de l’éducation prioritaire connaissent une concentration croissante des difficultés sociales et scolaires. Dans ces zones, il n’y a donc pas de dégradation relative des acquis des élèves alors que les conditions sociales et scolaires s’y sont, elles, dégradées. »

le rapport IGAEN

En 2005, le rapport IGAEN sur les facteurs de performance des EPLE montre que certains établissements situés dans un contexte très défavorisé obtiennent de bons ou de meilleurs résultats que ceux attendus. Il constate même que « la valeur ajoutée des collèges de ZEP est supérieure à celle des autres collèges. C’est la conséquence de moyens supplémentaires et de l’implication des équipes, bien que les résultats absolus, on l’a vu, restent assez faibles. »
Ces établissements accordent une place très importante à la maîtrise des apprentissages et à la réussite des élèves (composition des classes, fonctionnement..) Ils ont mis en place des dispositifs de prise en charge des difficultés des élèves notamment avec des heures de soutien systématique et des effectifs allégés sans mettre en place des structures ghettos.

Le rapport Moisan-Simon

Le rapport de l’IGAEN rejoint finalement les travaux de C. Moisan et J. Simon, « les déterminants de la réussite scolaire en ZEP » INRP 1997, qui comparait les établissements Zep. Cette étude a permis d’identifier plusieurs facteurs déterminants en Zep. Plusieurs conditions favorisent une meilleure réussite de certaines ZEP par rapport aux autres : une taille réduite de la zone, l’implantation dans une académie globalement performante, la scolarisation à l’âge de deux ans, la forte volonté de chefs d’établissement et d’enseignants en majorité stables et solidaires, l’accent mis sur les apprentissages et le dynamisme du pilotage local, départemental et académique.

Les Zep sont hétérogènes et le bilan est contrasté. Mais les facteurs de réussite ont été identifiés et toute relance de la politique d’éducation prioritaire aurait dû les privilégier.

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