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Un film de Pascal Boucher (France)

"Bernard ni Dieu ni chaussettes" Sortie en salles le 24 mars

Dans la région des bords de Loire, Bernard continue à cultiver sa vigne. Le vin qu’il fabrique n’est pas destiné à la vente. Il le consomme dans sa cave même, tout au long de l’année, avec quelques amis de toujours. Célibataire, il reste, a soixante treize ans, fidèle au mode de vie rural d’autrefois. Mais Bernard n’est pas que viticulteur. Il a consacré une partie de son existence à être le gardien de la mémoire du poète local Gaston Couté, héritier de François Villon et qui fut célèbre dans le Montmartre de la Belle Epoque.
De Gaston Couté, Bernard partage les idées libertaires et la volonté de rendre compte da la condition paysanne. A toutes les occasions qui se présentent, une intervention auprès d’élèves, une réunion, une fête, il livre les textes du poète écrits dans sa langue d’origine, la patois Beauceron.
"J’ch d’abord un pésan" aime à répéter Bernard, bon vivant, toujours souriant, l’œil malicieux et la démarche assurée.
Depuis 2006, Pascal Boucher a suivi ce personnage hors norme qui vit seul, tient depuis des décennies un carnet de bord où il rend compte des faits qui émaillent chaque jour de sa vie, qui se lasse très vite des programmes télé et n’aime rien mieux que de recevoir ses amis autour d’un verre, dans sa cave ou de dire en public quelques uns des nombreux textes de Gaston Couté qu’il a mémorisés et qu’il restitue comme aucun autre, en "diseux", pour utiliser son propre terme.
Un rien cabot, Bernard livre le déroulement de ses journées de vieux garçon (qui n’a jamais supporté de porter des chaussettes) de penseur, de philosophe à ses heures suivant une tradition libertaire et humaniste liée au Val de Loire d’où sont issus Villon mais aussi Rabelais qui écrivit son "Pantagruel" à quelques kilomètres du lieu où vit Bernard. Et Gaston Couté.
Le film de Pascal Boucher n’est pas tout à fait un film de plus sur la mutation du monde paysan traditionnel voué à l’extinction. Mais il est à sa façon, dans la lignée des derniers titres marquants tels "Profils paysans" de Raymond Depardon ou "Le temps des grâces" de Dominique Marchais, un signal d’alarme. Bernard vieillissant ne pourra bientôt plus s’occuper de ses vignes. Il est possible qu’un jeune paysan attaché à la culture naturelle lui succède mais pour combien de temps encore.
Les dernières images du film montrent Bernard marchant entre ses vignes dans un petit matin brumeux. La caméra ne le quitte qu’on moment où le brouillard, avant de l’engloutir, nous laisse de lui et de tout ce qu’il représente l’image fantomatique d’un terrible sacrifice.
Francis Dubois

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