US Magazine 719 du 10 mars 2012

Baccalauréat : où va-t-on ?

Les dysfonctionnements de la session de
juin 2011 et la première session du bac
version « réforme Chatel » (épreuves
anticipées de Première) conduisent à une
avalanche de textes, travaillés dans l’urgence
et sans concertation, et sujets à levées de
boucliers quasi unanimes lors des CSE(1).
La nouvelle mouture des livrets scolaires
des lycéens, entrant en vigueur dès cette
année en classe de Première, est parue au BO
spécial du 22 mars. Elle introduit notamment
une évaluation de compétences disparates(
2). Le SNES s’est prononcé contre cette
imposition et considère qu’il n’est pas possible
cette année pour les enseignants de
renseigner les items.

Abstention unanime du CSE

Au CSE du 19 janvier, le SNES a contesté la
charte de déontologie des examens, censée
s’appliquer à tous les personnels, texte de circonstance
démagogique et moralisateur, ne
faisant au final que rappeler les obligations
de service des fonctionnaires.

Le CSE du 22 mars a obtenu le report de
l’examen du projet de décret transférant la
commission disciplinaire du bac de l’Université
vers le rectorat. Si la raison invoquée
(accélérer les procédures pour ne pas
léser les présumés innocents) est légitime, la
composition de cette nouvelle commission
pose des problèmes en terme d’équité, de
voies de recours, mais aussi de message : le
bac, premier grade universitaire, ne serait
plus sous le contrôle de l’Université.

Le CSE s’est abstenu à l’unanimité, fait rarissime, sur la circulaire de mise à jour
des procédures de préparation et d’organisation
de l’examen : texte appelé à devenir
une référence, il n’a été soumis que tardivement
à consultation, et mérite des améliorations.
On devrait y lire avec satisfaction que
les enseignants ne doivent pas surveiller
leurs élèves de Terminale le jour du baccalauréat.

Démocratiser

Cerise sur le gâteau, le SNES est toujours
sans nouvelle du décret permettant la rémunération
des personnels engagés dans les
examens : le décret de 1956 a été abrogé en
janvier, ouvrant un vide juridique qui ne
permet pas à ce jour la mise en paiement de
la session 2012 !

On lira par ailleurs avec intérêt l’analyse
que font les inspections générales du baccalauréat(
3). Si le rapport préconise des mesures
médiatiques inacceptables (augmentation de
la part du contrôle continu, note éliminatoire,
etc.) et reprend le refrain de la lourdeur
et du coût de l’examen, quelques points forts
émergent :
- l’attachement de tous à cet examen-symbole ;
- le manque d’exploitation pédagogique par
discipline des résultats des élèves ;
- la nécessité d’une réflexion sur les différents
types d’évaluations ;
- le besoin d’une large concertation avant toute
prise de décision de modification.

Nous en retiendrons aussi la mise en évidence
des disparités territoriales et sociales
d’accès et de réussite au baccalauréat : selon
un suivi de cohorte de la DEPP(4), la proportion
de bacheliers parmi les enfants des
milieux très populaires a baissé de 2 points
entre 1996 et 2005.

Où est l’urgence ? Contrôler les examinateurs
ou démocratiser le lycée ?

Valérie Sipahimalani
lycees@snes.edu

1. Conseil Supérieur de l’Éducation
2. Voir L’US Mag du 11 janvier 2012
3. « Proposition pour une évolution du
baccalauréat », décembre 2011
4. Étude de la DEPP.
Toutes nos analyses : http://www.snes.edu/Reforme-du-lycee-l-actualite-des.html

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