US Magazine 771 du 10 juin 2017

Bac technologique : Evaluation sans les enseignants

Les baccalauréats technologiques sont soumis à une évaluation par compétences depuis la réforme de 2010. Pour répartir les compétences sur les différentes épreuves sont donc apparues des grilles d’évaluation, qui posent de nombreux problèmes aux correcteurs et aux jurys.

Les projets en STI2D sont par exemple évalués à partir de huit compétences sur une échelle allant de 0 à 3, donnant juste l’intitulé de la compétence visée – au mieux ­absconse – et un commentaire, d’une ligne, pour aider à différencier les différents niveaux.

Notes harmonisées ou gonflées ?

Dans les faits, la grille tend à concentrer les notes entre 10 et 12, permettant aux élèves les plus faibles d’obtenir une note aux alentours de 10, rarement en dessous, car les notes inférieures doivent être justifiées. A contrario, il est souvent difficile de mettre le maximum dans les compétences et les très bons élèves se retrouvent souvent avec des notes autour de 15, alors qu’ils pourraient monter à 18-20 sans la grille. À cela s’ajoute une harmonisation des notes qui échappe souvent aux évaluateurs. Prenons l’exemple de l’épreuve écrite d’enseignements technologiques transversaux : chaque question est évaluée de 0 à 3 ou classée « Non traitée » avec un niveau de satisfaction de la réponse. Ces résultats sont ensuite « harmonisés » par un petit groupe souvent composé de Directeurs délégués aux formations professionnelles et technologiques (DDFPT) aux ordres de l’inspection, puis présentés aux enseignants sous forme d’un tableur équipé d’un curseur qui permet d’attribuer aux questions peu ou pas traitées un poids faible, voire de les placer hors barème. Ce curseur permet aussi d’augmenter la moyenne académique en mettant des questions en bonus. En 2015, la moyenne de l’épreuve d’ETT dans l’académie de Créteil est ainsi passée de 7 à 12/20.

Voilà comment les enseignants sont dépossédés de leur évaluation dans une épreuve majeure du baccalauréat STI2D (coefficient 8 sur 42) !

Guy Friadt, Pierre-Paul Zeil

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