Actualité théâtrale

Jusqu’au 17 décembre au Studio-Théâtre de Stains

« Babylon City »

Babylon City est le fruit d’une rencontre entre l’auteur, Mohamed Kacimi, dont les écrits sont liés aux problèmes et aux interrogations sur le monde d’aujourd’hui, et la metteuse en scène et cofondatrice du Studio-Théâtre de Stains, Marjorie Nakache. Stains est une ville assez emblématique des difficultés que l’on évoque souvent lorsqu’on parle des banlieues dites « sensibles » : paupérisation, logement dégradé, cohabitation de multiples communautés de diverses religions. Pourtant dans cet environnement peu propice on trouve un théâtre qui fait un travail remarquable et réussit à attirer les jeunes des cités d’alentour. Marjorie Nakache a donc proposé à Mohamed Kacimi, dans son théâtre, une résidence d’écriture dont l’aboutissement est Babylon City.

Crédit Vincent Pontet

L’auteur est parti d’une interrogation : comment est-il possible que, à l’heure de la mondialisation et alors qu’ils voyagent sans problèmes aux quatre coins de la planète, les hommes se referment sur eux-mêmes et aient tellement peur de l’Autre, celui qui est d’une autre couleur, qui a une autre langue, une autre religion et une autre culture ? C’est donc à une chronique du racisme ordinaire que nous convie Mohamed Kacimi. Il n’était pas question pour lui de faire une œuvre didactique, mais d’ouvrir des portes, de lancer des passerelles, de faire du « remue-méninges » et le rire apparaissait comme le bon chemin pour y parvenir. C’est donc sur le mode de la comédie qu’apparaît le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui à force d’avoir peur du monde se barricadent chez eux et finissent par se perdre dans l’absurdité la plus totale, au point qu’un des personnages conclut « Je voudrais être Noir pour ne plus avoir peur ! » On passe peu à peu des préjugés à la moquerie, souvent d’une stupidité incommensurable, puis à la peur irraisonnée de ce que l’on ne cherche pas à comprendre et enfin à la haine de l’autre. La pièce s’articule en une dizaine de séquences mettant en scène une quarantaine de personnages qui n’hésitent pas à exprimer sans réticence leur racisme. Cela commence très fort, à Stains justement, avec un couple qui venant voir sa fille nouvellement installée et dont ils ignorent tout, n’ose pas monter dans le bus car il y a trop de … (même les mots les effraient) et trop d’enfants dans des poussettes. C’est souvent très drôle, avec des propos de comptoir qui font mouche : « des Turcs aux yeux bleus ? Ce doit être la mondialisation ! » ou encore « du foot en Chine ? On peut jouer au foot sans Blacks ? »

La mise en scène de Marjorie Nakache apporte beaucoup à la pièce. Des structures légères de carton se plient et se déplient, créant des espaces différents. L’ombre se fait sur la scène, les cartons se plient et se redéploient, l’habilleuse retourne la robe d’une des actrices, un coup est frappé, la lumière revient et l’on a changé de lieu et de personnages. L’extérieur est au-delà du décor, dans l’ombre, avec des bruits qui le rendent inquiétant et libèrent tous les fantasmes. Des projections ouvrent sur des ailleurs qui font rêver, mais nos personnages qui y voyagent emmènent dans leurs bagages leurs peurs et leurs préjugés prêts à se réveiller à la moindre occasion. Les acteurs passent d’un rôle à l’autre avec fluidité. Ils ont le dynamisme et la faconde qui convient à cette comédie.

En proposant cette vision du racisme ordinaire, Mohamed Kacimi offre à tous, aux jeunes en particulier, nombreux dans la salle le soir où j’y étais, l’opportunité de mieux le comprendre et de tenter de le contrer avec une arme assez cinglante, le rire.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 17 décembre, puis en tournée et au Festival d’Avignon en 2012.

Les vendredis et samedi ainsi que le jeudi 15 décembre à 20h45.
Studio-Théâtre de Stains
19 rue Carnot, 93240 Stains

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 23 06 61

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