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à l’Atalante (Paris 18e) jusqu’au 20 juin

Avant la retraite Théâtre politique inscrit dans l’Histoire

Lors de sa création en 1979, cette pièce de Thomas Bernhard eut d’autant plus de retentissement qu’elle était inspirée d’un fait réel, un scandale qui venait d’éclater en Allemagne avec "l’affaire Filbinger" du nom de ce juge militaire qui, après la capitulation nazie, avait continué à condamner à mort de jeunes soldats déserteurs de la Wehrmacht, puis avait réussi à devenir Président du Conseil du Bade Wurtemberg à Stuttgart en masquant son passé nazi. Cela ne pouvait qu’inspirer Thomas Bernhard qui, toute sa vie (1931-1989) n’aura cessé de dénoncer le conformisme étouffant et les mensonges de la société autrichienne cherchant à faire passer l’Autriche pour une victime de la barbarie nazie, alors que s’accumulaient les preuves de sa complicité active... mais se sont plus ses différentes pièces qui y firent scandale que l’affaire Waldheim (autre personnage ayant su masquer si bien son passé nazi qu’il réussit à devenir secrétaire général de l’ONU en 1972)...
En mettant en scène un ancien officier nazi, directeur de camp, reconverti en honorable président de cour d’assises approchant de la retraite, le jour où il commémore l’anniversaire d’Himmler, comme chaque année, en petit comité et grand apparat, Thomas Bernhard livre à la fois une bouffonnerie où l’horreur côtoie la folie et l’outrance à tout moment, et une mise en garde d’une grande force contre les soubresauts de la "bête immonde" qui peut toujours resurgir derrière les masques de la société bourgeoise honorable.
Théâtre politique inscrit dans l’Histoire, ce texte à l’humour noir et décapant, est magistralement mis en scène par Agathe Alexis et sa compagnie (créée en 2004 après 12 ans à la tête du CDN du Nord-Pas de Calais). Agathe Alexis est aussi l’interprète du rôle de la sœur admiratrice de l’ancien SS, aux côtés d’Emmanuelle Brunschwig, interprétant le rôle de la deuxième sœur fortement hostile à cette macabre mascarade et à l’idéologie nazie mais devenue paraplégique depuis la fin de la guerre... et de Philippe Hottier (qui débuta avec Mnouchkine en 1969). Tous trois nous tiennent en haleine pendant presque 3 heures (un bref entracte permet de respirer) d’une grande intensité, où la violence et l’intensité des expressions sont parfois paroxystiques, comme on en voit rarement sur scène au théâtre (on ne peut s’empêcher de penser aux "Damnés" de Visconti) et renforcent encore la puissance du texte de Thomas Bernhard. A découvrir de toute urgence, si est passé inaperçu notre signalement de cette création dans le dernier numéro de l’Us-magazine...
Philippe Laville
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Jusqu’au lundi 20 juin 2005 (en semaine à 20h30, dimanche à 17H)
Tarif Réduc’snes = 11€ (au lieu de 16)
à L’Atalante (01 46 06 11 90) 10 place Charles Dullin - Paris 18e (M° Anvers)

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