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Un film de Benoit Jacquot (France)

"Au fond des bois" Sortie en salles le 13 octobre

En 1865, dans le sud de la France, la fille dévote d’un médecin de village va partager pendant des semaines, les errances d’un vagabond des bois. L’a-t-elle suivie de son plein gré, sous la contrainte, ou fut-elle soumise aux forces hypnotiques du garçon ?

© Jowan Le Besco

Thimothée Castellan, vingt cinq ans, fut jugé par la Cour d’Assises du Var les 29 et 30 juillet 1865 et condamné à huit ans de prison à l’issue d’un procès qui embarrassa les juges. Les examens médicaux confirmèrent que la jeune fille avait été victime du pouvoir hypnotique du vagabond et violée par lui. Mais il fallait pour intégrer ces faits au cours du procès, que soient légalement reconnus, les effets de l’hypnose sur la volonté d’autrui, ce qu’aucun juge, jusqu’ici n’avait encore fait.
Une autre théorie tendait à prouver que l’hypnose n’était pas susceptible d’amener les individus à commettre des actes contre leur gré. On pouvait alors imaginer que Joséphine avait volontairement suivi le jeune homme pour lequel elle éprouvait une attirance, afin de rompre avec la vie morne et vertueuse qu’elle menait auprès de son père.
Pourquoi les séquences d’exposition du récit, et toutes celles qui relatent le vagabondage dans les bois des deux protagonistes, ne convainquent-elles pas ? Pourquoi faut-il attendre la dernière demi heure du film pour que l’histoire recadrée nous révèle, avec l’ambiguïté levée, le vrai propos du récit et l’intérêt indéniable du film.
Fallait-il confier à Isild Le Besco, comédienne résolument "moderne" le rôle de Joséphine ? Elle semble souvent embarrassée par son personnage. Qu’elle s’échappe en courant dans la futée ou morde avec appétit dans le lapin grillé sur braises, tout chez elle semble anachronique. Ses mimiques effarées ou résignées ne parvenant à traduire ni la frayeur ni son choix profond. Elle ne devient crédible que lorsqu’elle est rendue à son milieu social, au tracé initial de son destin.
L’idée de faire appel au jeune comédien argentin Nahuel Perez Biscayart - vu dans "Sang impur" de Pablo Fandrik en 2008- était par contre une bonne idée. Sa frêle silhouette, son visage angélique viennent complètement en rupture avec le personnage de l’homme des bois attendu.
Benoit Jacquot et Julien Boivent, son scénariste, ont pris des libertés par rapport aux archives qui relataient l’affaire. Ils ont inventé de toutes pièces le quotidien de Joséphine et Thimotée ainsi que la langue par laquelle s’exprime le jeune homme, un mélange de provençal, de patois languedocien, d’espagnol et d’italien où apparaissent des mots de français qui aident à la compréhension.
Benoit Jacquot a choisi de laisser planer le mystère sur le récit et sur le fin mot de la rencontre de ces deux êtres que tout oppose, sauf chez Joséphine, son goût longtemps enfoui pour l’aventure ou chez Timothée, cette espèce d’élégance racée qui le fait échapper, malgré les haillons et la crasse, à l’image d’un être totalement décadent. "Au fond des bois" pourrait être un film d’amour. L’ambiguïté des derniers regards échangés entre les deux protagonistes au moment du verdict, vont dans le sens d’une complicité forte et secrète qui pourrait bien ne s’être jamais démentie depuis le tout premier regard échangé.
Ces scènes finales éclairent le reste du récit, redonnent des couleurs à un déroulement parfois languissant et révèlent soudain, comme une embellie, les qualités d’un beau film en levant le voile sur une complicité perverse qui a conduit la réciprocité probable des sentiments…
Francis Dubois

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