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Un film de Samuel Benchetrit (France)

"Asphalte" Sortie en salles le 7 octobre 2015

Un immeuble en piteux état dans une banlieue grise. Trois histoires s’y entrecroisent.

Celle de Sterkowitz, un homme solitaire et bougon. Il s’oppose à la copropriété et refuse de participer au changement d’ascenseur au prétexte qu’il habite au premier étage.

Or, pour être allé sur son vélo d’appartement jusqu’au bout de ses forces, il se retrouve en fauteuil roulant.

Pour s’alimenter il n’a plus d’autres solutions que d’aller s’approvisionner en chips dans le distributeur des sous-sols de l’hôpital voisin où il fait la connaissance d’une infirmière au moins aussi seule que lui.

Par amour pour elle, il trouvera justification à un mensonge et s’improvisera photographe…

C’est en parallèle l’histoire de Jeanne Meyer ancienne actrice en stand-by, locataire récente et de Charly son voisin de palier, un adolescent livré à lui-même, débrouillard comme pas deux, qui l’aidera peut-être à remonter une jour sur scène.

L’histoire de John MacKenzie, un astronaute tombé du ciel et qui, en attendant que la NASA vienne le chercher, trouve asile chez Madame Hamida, une femme seule à la générosité toute méditerranéenne.

Cinema : Asphalte

Le film réunit deux nouvelles parmi celles qui constituaient les " Chroniques de l’asphalte " que Samuel Benchetrit publia en 2005.

Il y a ajouté l’histoire de la comédienne en chute de célébrité depuis des années, qui se trouve réduite à emménager dans une cité de banlieue.

Son objectif était de donner de la banlieue, une image différente de celle qu’on nous montre habituellement, avec des personnages qu’on n’a pas l’habitude d’y voir.

"Asphalte " est, des propos même du metteur en scène, l’histoire de trois chutes : comment on peut tomber, de son fauteuil roulant, du ciel ou de son piédestal.

Les trois histoires sont très différentes les unes des autres. Ce sont trois récits qui, sans mièvrerie, sans le moindre angélisme mais avec beaucoup de tendresse en filigrane, rassurent sur les liens qui peuvent se tisser entre des personnes que rien ne prédisposait à se rencontrer dans des lieux sans âme.

Samuel Benchétrit fait se croiser les trois récits avec virtuosité, par un jeu d’amorce d’abord, en multipliant de courtes séquences qui familiarisent avec les personnages, et plus tard en abordant chaque sujet de front.

Son film débute avec une série de séquences drôles mais dans lesquelles on peut déjà lire des signes de réserve à propos de l’état de désarroi des six protagonistes principaux.

Les premières scènes avec Sterkowitz sont irrésistibles et pourtant elles contiennent tout le drame qui couve chez ce solitaire égaré.

Il en est de même pour la comédienne qui fait montre d’autorité et de froideur dans un premier temps et qui, au final, laissera apparaître sa sensibilité et reconnaîtra son mal être.

Madame Hamida est tout aussi seule. Elle n’attend que le jour des visites pour aller voir son fils en prison et quand lui tombe du ciel, le plus inattendu des cadeaux, un cosmonaute américain, elle laisse s’exprimer toute sa générosité et son sens méditerranéen de l’hospitalité.

Ces histoires en demi-teinte se déroulent à la fois dans le domaine de la réalité et du plausible et à la fois dans un léger décalage, flirtant parfois avec l’insolite. Que ce soit par l’apparition d’un personnage complètement inattendu comme celui du cosmonaute débarqué de l’espace ou par l’interprétation distanciée d’un comédien (le jeu d’Isabelle Huppert est parfois déroutant) ou encore par une situation ordinaire qui, insensiblement, se charge d’un climat singulier.

Les silences ont un rôle très important dans le climat général du film. Tout autant que les décors délabrés.

Samuel Bechétrit réussit à tenir tout son récit dans une sorte d’équilibre périlleux entre réalisme décalé et conte réaliste.

Une très bonne surprise, en tous cas !

Francis Dubois

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