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Un film de Jean-Paul Lilienfield (France)

"Arrêtez-moi" Sortie en salle le 6 février 2013

Une nuit, une femme se présente dans un commissariat pour s’accuser du meurtre de son mari, à peine moins de dix ans après les faits. L’enquête avait alors conclu à un suicide. Pourquoi alors faire cette démarche qui lui vaudra des années d’incarcération ?
L’homme était instable et violent. Elle porte sur le visage les cicatrices des coups qu’elle n’a cessé de recevoir à l’époque. Elle semble déterminée même si sa condamnation laisserait à l’abandon son fils encore adolescent qui, comme elle-même, a connu pendant des années la violence paternelle.
L’officier de la police qui la reçoit est une femme qui, dans un premier temps, tente de la faire revenir sur sa démarche pour la seule raison que sa déclaration prise en compte reviendrait pour elle à établir un rapport long et fastidieux.
Mais, face à l’acharnement de celle qui a poussé son mari dans le vide à la suite d’une querelle de plus, elle s’interroge et du coup, l’interroge pour en savoir plus sur ce qu’était son existence, sur les raisons de la violence du mari…

Adapté d’un roman de Jean Teulé, "Les lois de la gravité", le film de Jean-Paul Lilienfied met face à face deux femmes dans le lieu clos qu’est un commissariat, de nuit, quelques heures avant que le crime commis ne soit frappé par les limites des dix années au-delà desquelles il y a prescription.
L’idée de cette confrontation nocturne dans un lieu impersonnel et vaguement glauque aurait suffi à alimenter le récit si Jean-Paul Lilienfield s’était contenté de s’attacher à percer le mystère de ces deux femmes, s’il avait apporté plus de nuances à ses personnages et à l’évolution de leurs rapports au cours de ces quelques heures.
Or, une utilisation trop systématique du flash-back qui vient illustrer chacune des révélations de la criminelle alourdit considérablement le déroulement de la narration. La façon dont le mari violent est malmené par une image trop mobile pour venir, redondante, témoigner de l’acharnement violent d’un individu perturbé, nuit à la crédibilité des faits.

Il aurait fallu poser le personnage du Lieutenant de police autrement que comme une fonctionnaire qui ne voit dans l’arrivée de la jeune femme qu’un surcroît de travail, l’établissement d’un dossier qu’elle sera tenue de suivre. Alors que sans cela, elle aurait pu, au terme de sa permanence, rentrer tranquillement chez elle.
Le fait qu’on puisse s’interroger sur les raisons qui auront conduit la criminelle à se dénoncer ne soutient pas le récit que sont sensés activer ici et là des rebondissements sinon attendus, du moins, peu palpitants.
La mise en scène faussement nerveuse n’apporte aucune tension, aucun suspense à une narration paresseuse et si peu soignée qu’elle laisse sur la touche tout ce qui aurait pu advenir de la rencontre de ces deux femmes.

Le duo de comédiennes fonctionne mal. Miou-Miou, actrice habituellement sensible, au jeu dru et nuancé ne parvient pas à donner de consistance au Lieutenant Pontoise et il n’aura pas suffi de nous donner à voir une Sophie Marceau, le visage net de tout maquillage et marqué de cicatrices pour rendre son personnage crédible.
Quant à Marc Barbé en mari d’un bout à l’autre violent et qui bénéficie d’une image déformante qui le rend méconnaissable, cette "performance" mouvementée ne marquera pas la carrière d’un comédien qui mériterait tellement mieux…
Francis Dubois

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