US 718 du 4 février 2012

Apprentissage : erreur de cible

Nicolas Sarkozy a réaffirmé son objectif de porter le nombre de jeunes
formés en apprentissage à 600 000 d’ici 2015 (800 000 contrats
d’alternance en ajoutant les contrats de professionnalisation).

Il espère ainsi à la fois résoudre la question du
chômage et donner une solution aux jeunes
sortant du système éducatif sans qualifications.
Pour cela, il s’appuie sur la loi du 29 novembre
2009 qui renforce l’utilisation des contrats d’alternance
à destination des jeunes. Impulsées par
la présidence de la République et relayées par la
ministre de l’Apprentissage et de la Formation
professionnelle, de nombreuses initiatives pour
développer l’apprentissage sont traduites dans les
textes législatifs et réglementaires.

Ces mesures tournent autour du financement de
l’apprentissage, de mesures incitatives et coercitives
vers les entreprises, de diminutions des contraintes
sur l’encadrement des apprentis, de l’ouverture
de ce type de contrat vers de nouveaux secteurs
(l’intérim), et d’autres initiatives notamment autour
de l’information-orientation, des enregistrements
des contrats, du statut des apprentis. Parallèlement,
une grande campagne publicitaire se développe
sur les médias nationaux.

DOUBLE ERREUR

Pourtant, depuis 2008, le nombre de jeunes en
apprentissage diminue. Cela ne doit pas surprendre,
l’apprentissage étant un contrat de travail
son évolution est liée à l’évolution de l’emploi,
de même qu’il n’est pas surprenant que le nombre d’apprentis préparant un diplôme de
niveau V (CAP pour l’essentiel) diminue fortement,
également conformément à l’évolution
des besoins de qualification. En revanche l’apprentissage
au niveau supérieur se développe
doublant ses effectifs en dix ans.

Ainsi le gouvernement en faisant la promotion de
l’apprentissage fait une double erreur et manque
la cible qu’il prétend viser :

- il privilégie un mode de formation qui, en
moyenne, coûte plus cher à l’ensemble de la
nation que les formations sous statut scolaire ;

- il développe un dispositif qui profite relativement
plus aux jeunes qui ont déjà un niveau de
qualification, alors que les possibilités de contrats
se réduisent pour les jeunes non qualifiés.

Si cette politique se développait en même temps
que le développement des formations professionnelles
et technologiques sous statut scolaire,
ce ne serait que complémentarité. Mais, au
moment où le ministère comprime les formations
professionnelles et technologiques des
lycées, l’accent mis sur l’apprentissage est un
miroir aux alouettes pour nombre de jeunes et
une faute politique grave.

Thierry Reygades
Voir site du SNES : www.snes.edu/IMG/pdf/Apprentissage_Beaucoup_d_argent_pour_V2-2.pdf

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