Articles US 2011-2012

Appel pour une élaboration démocratique des programmes (US mag 719 du 10/03/2012)

L’élaboration des programmes scolaires qui, de fait, traduisent la vision de l’Homme que la Nation entend former et de la Société qu’elle souhaite construire, engage – bien au-delà de l’école – tous les parents et tous les citoyens qui se soucient des savoirs enseignés, de la formation des jeunes et des enjeux politiques, sociaux et culturels de la culture scolaire.

Ainsi, les programmes doivent être mobilisateurs pour les élèves, cohérents entre eux, conçus en complémentarité pour créer du sens et « faire culture ».

Dans plusieurs disciplines, les programmes en vigueur mettent les enseignants en difficulté, ont des conséquences lourdes sur le métier et les conditions de son exercice, et le ministre refuse d’entendre leurs demandes.

Certains programmes enseignés sont l’objet de polémiques publiques qui auraient pu être évitées si leur élaboration avait respecté un cheminement démocratique. Ces polémiques ont même conduit la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale à se saisir de ce dossier.

La FSU et ses syndicats (SNES, SNEP, SNUEP, SNUipp) estiment indispensable de construire une réponse unitaire sur cette question de la fabrication des programmes, au-delà des divergences qui peuvent exister sur les contenus enseignés. Ils se sont adressés à l’ensemble des organisations syndicales, aux associations de spécialistes et aux mouvements pédagogiques pour lancer un appel public demandant une autre méthode de construction des programmes. Cet appel est téléchargeable à la une du site du SNES.

Sandrine Charrier

Pour une autre méthode de construction des programmes

De nombreux programmes scolaires sont aujourd’hui l’objet de polémiques publiques et de contestations fortes notamment parmi les enseignants chargés de les mettre en oeuvre.

Cette situation est le fruit d’une politique éducative brutale qui ne laisse aucune place au dialogue et au débat. Elle résulte d’une conception des réformes du système éducatif qui ignore la discussion démocratique sur ce qu’il faudrait enseigner, comment et pourquoi on l’enseigne, et qui, dans le second degré, pour des raisons budgétaires et idéologiques, part des structures.

Il faut en finir avec l’écriture de programmes scolaires, confisquée par quelques « experts » ou responsables, sans réelle concertation avec les professionnels de l’enseignement et de la recherche. Il faut sortir de cette méthode qui impose des choix éducatifs contestés à l’ensemble du système éducatif, et qui conduit à publier des textes ignorant jusqu’aux avis du conseil supérieur de l’éducation, sans même tenir compte d’amendements votés très majoritairement.

Il appartient, certes, à la représentation nationale de fixer les finalités et missions de l’école, lieu de formation de tous les futurs citoyens. Mais les programmes scolaires, vecteurs de ces objectifs, structurent l’enseignement. Ils doivent être mobilisateurs pour les élèves, cohérents entre eux, conçus en complémentarité pour créer du sens et « faire culture ».

C’est pourquoi les enseignants doivent être associés à leur construction, avoir les moyens de se les approprier afin de pouvoir, dans le cadre de leur professionnalité, en faire des outils puissants et efficaces au service des élèves. Comment imaginer que ce qui sera enseigné ne soit l’objet d’aucun débat sérieux, d’aucune consultation réelle, d’aucune interrogation avec les personnels sur leur faisabilité effective, d’aucune articulation avec les conditions matérielles de leur mise en oeuvre ?

Les organisations signataires lancent un appel pour une autre méthode de construction et d’écriture des programmes scolaires qui soit démocratique, transparente, plus respectueuse de « l’expertise » enseignante, et plus conforme aux intérêts des élèves. Inscrite dans un temps suffisamment long pour permettre un bilan de l’existant et une large consultation des enseignants, ouverte à la pluralité des regards et des approches (pédagogiques, disciplinaires, didactiques, sociologiques et politiques…), elle doit prévoir la confrontation, le suivi de la mise en oeuvre et la vérification régulière de la pertinence des programmes enseignés avec, en particulier, les personnels et l’ensemble des organisations syndicales.

Elles demandent au ministre de l’Éducation nationale d’ouvrir dès maintenant le chantier de cette rénovation, d’en établir un calendrier qui inclura la remise à plat urgente des programmes les plus contestés ou considérés comme infaisables par les enseignants.

Les premiers signataires

• Des syndicats de personnels de l’éducation :
SNES, SNEP, SNUEP, SNUipp, FSU, SIES-FAEN, SNCL-FAEN

• Des associations et des collectifs de spécialistes :
ACIREPH, AEAT, AFEF, Aggiornemento Hist-Géo, APBG, APEG, APHG, APLV, APSES, APV, CEDREPS, CNARELA, FADBEN, PAGESTEC, UPBM, UdPPC

• Des associations pédagogiques :
CRAP, GFEN

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