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Un film de Sam Levinson (USA)

"Another happy day" Sortie en salles le 1er février 2012

 Lynn, la petite cinquantaine, débarque chez ses parents à l’occasion du mariage de son fils aîné, Dylan. Elle est accompagnée de ses deux autres garçons, plus jeunes, Ben et Eliott. Le goût marqué de ce dernier pour l’alcool et les drogues ne l’empêche pas de savourer le plaisir des réunions familiales comme celle-ci, où personne ne manque au rendez-vous : ni les grands parents réactionnaires, ni les tantes médisantes, ni les cousins beaufs.

Tout se passerait pour le mieux si ne surgissait le premier mari de Lynn, flanqué de sa nouvelle épouse, expansive et tyrannique…

Secrets et rancœurs ressurgiront du passé et leur révélation sera salutaire à tous.

Le film de Sam Levinson a le charme de ces réunions familiales exceptionnelles où se vivent à première vue des retrouvailles enthousiastes. Mais à y regarder de plus près et au fil des heures, les choses n’apparaissent plus aussi simples. Le récit s’attache à faire le point sur chacun des convives et à révéler de vieux secrets enfouis, à s’attacher au regard que les uns portent aux autres. Si chacun d’eux réagit à la présence des autres et au ressenti qui en résulte, tous n’y font pas face de la même façon. Les grands parents s’efforcent de donner une façade positive à la fête des retrouvailles, considérant que le mot " famille" est synonyme d’harmonie.

La jeune génération qui porte un regard plus lucide sur les situations et ne s’encombre pas d’excès de sollicitude, vit des moments tour à tour paisibles ou rebelles.

Le film repose pour l’essentiel sur le personnage de Lynn qui s’est exilée à New-York et dont le retour douloureux provoque sinon une rupture, du moins un décalage entre elle et ceux qui sont restés dans le Maryland.

Qu’est-elle devenue ? L’éloignement a-t-il modifié sa personnalité ? A-t-il donné la priorité à ses penchants de femme tourmentée ?

A la lumière de son désarroi, des interrogations qu’elle suscite, de sa difficulté à trouver sa place, chacun en réaction au malaise qui en résulte, inflige à lui-même et aux autres, des souffrances passagères que les règles de la fête parviennent à effacer à chaque fois.

La détresse de Lynn révélée, puis exacerbée par l’arrivée de son ex-mari, et qui ne trouve adoucissement auprès de personne, est sans doute une vieille histoire. Sa fragilité remonte-t-elle à l’enfance et la relation difficile qu’elle vit avec sa mère en est peut-être la preuve.

Cet arrêt sur image, sorte d’état des lieux d’une famille ni plus ni moins compliquée qu’une autre, est sans concession. Ce parti pris narratif " à la loupe" lorgne du côté du théâtre américain classique. On pense à Eugène O’Neill mais on ne peut pas ne pas voir dans ses allées et venues, dans le frôlement du drame, dans les heurts et dans la douceur, l’influence de Tchékhov.

La mise en scène de Sam Levinson s’attache à capter ce qui est en train de se passer. Et lorsqu’à force de révélations anodines ou essentielles, le récit touche à la sérénité, que le moment de turbulence passé, les choses redeviennent paisibles, il n’y a plus qu’à louer les bienfaits de ces fêtes de famille qui ressoudent les liens distendus.

Une jolie comédie dramatique nostalgique soutenue par une distribution impeccable.

 

Francis Dubois

 

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