Enquêtes épreuves du baccalauréat

Analyse de l’évaluation des capacités expérimentales en SVT 2005

A- Analyse des enquêtes

Les enquêtes

- Pour une cinquantaine d’enquêtes, il y a 25 académies différentes. L’évaluation des capacités expérimentales (ECE) dans ces établissements a concerné environ 250 professeurs (soit une moyenne de 5, 5 par lycée).

- Les dates de l’ECE se répartissent environ ainsi :
15% 3ème semaine de mai ou avant
15% 4ème semaine de mai
50% fin mai début juin (dernière semaine de cours)
20% à partir du 6 juin (après les cours). Cela a parfois posé des problèmes pour la saisie des notes, mais a dégagé les collègues de la charge des autres cours.

Problèmes liés à l’organisation de l’épreuve

- Accord des professeurs

Si 90% des collègues étaient d’accord pour faire passer l’épreuve, cet « accord » est plus relatif qu’il n’en paraît :

* beaucoup précisent que, de toutes façons, l’épreuve était obligatoire : cet accord est alors « fataliste » !

*40% disent adhérer à cette épreuve, mais très souvent en demandant qu’elle soit améliorée ;

*15% disent ne pas adhérer à cette évaluation. 45% ne se prononcent pas

*90% des collègues sont d’accord avec la position du SNES qui considère que les conditions matérielles, la préparation dans l’année, les contenus, les compensations, la gestion de l’évaluation ne permettent pas une évaluation dans les meilleures conditions.

On peut donc dire que l’ECE n’est pas acquise auprès des collègues en l’état et qu’elle fait souvent problème. Une évaluation avec toutes les personnes concernées serait la bien venue.

- Position des personnels de laboratoire

La quasi totalité était d’accord pour faire passer l’épreuve. La grève prévue par 3 syndicats ne semble avoir d’effet (report) avant sa suspension que pour 4 à 5% des établissements.

Les sujets

- Sujets avec réactifs de substitution

Environ 35% des établissements ont proposé un ou deux sujets d’immunité avec produits de substitution. Pour certains, il n’y a aucun problème, bien au contraire. Certains qui les ont proposés ont cependant des critiques de fond ... mais apprécient le côté pratique. Dans ceux qui ne les ont pas proposés, il y en aussi bien qui sont contre que d’autres qui n’avaient pas l’intention de proposer de manipulation sur l’immunité.

- Modification des sujets

84% des établissements n’ont pas modifié les sujets : les consignes assez strictes et le vrai souci d’égalité nationale en sont les explications.

Mais plus d’un sur dix l’ont fait : les sujets modifiés n’étaient pas irréalisables (ils n’auraient pas été choisis) mais des questions étaient mal posées, des barèmes étaient imprécis. Ce sont surtout des sujets de spécialité qui ont été touchés. Par ailleurs, des fiches labos ont parfois été améliorées.

- Le choix des sujets :

* si pour 97% ce sont des manipulations déjà faites en TP, beaucoup ont signalé qu’en fait les TP de l’année avaient été approchants mais pas identiques. C’est sans doute l’expression de la diversité des situations, de l’adaptation aux ressources locales et aux pratiques de chacun. Cette diversité dans le cours de l’année est essentielle. Or le bachottage des sujets peut faire craindre une diminution de cette richesse. Les collègues peuvent être tentés de faire des TP types, risquant ainsi un « formatage » et un appauvrissement des pratiques pédagogiques

*pour 92% c’est aussi la simplicité du matériel mis en oeuvre qui a présidé au choix des sujets ;

*dans 86% des cas, la recherche des sujets s’est faite aussi sur la base d’une moindre difficulté pour les élèves. Ceci n’est sans doute pas étranger, pour une part, aux fortes moyennes ;

*enfin, pour 76% des établissements, le moindre coût a été un des critères retenus. Ceci est évidement à relier au fait qu’il n’y a aucun budget réservé à l’ECE (sauf deux établissements, sur leur budget).

- Préparation de l’épreuve

*Le temps passé varie de 6h à 40h avec une moyenne de 16,50h.

Le manque de relais de la part de l’administration entraîne une lourdeur excessive de l’organisation de l’épreuve :

*anonymat : recherche du « meilleur moyen » pour que chaque professeur n’ait pas ses élèves de l’année en cours (parfois, cela est impossible).

Si 13% des professeurs déclarent avoir eu quelques élèves de l’année, il y a eu 39% de cas où il a été difficile de trouver la solution pour éviter de se retrouver avec des examinateurs en face de leurs élèves de l’année.

Il est à noter que dans les 8% d’établissement où il y eu échange de professeurs, ce problème a été résolu. Enfin, des établissements qui l’avait demandé se sont vus essuyer un refus ou du rectorat, ou du proviseur (trop lourd en plus des charges déjà existantes). Certains n’ont pas pris le temps d’essayer de l’organiser eux-mêmes.

Afin de ne pas avoir ses élèves et même de ne pas avoir d’élèves déjà connus, l’organisation du passage des élèves a été très lourde et compliquée et faite selon plusieurs méthodes de tirage au sort : une heure avant l’entrée en salle, ou une fois dans la salle, avec renouvellement toutes les 2 heures ou pas, ....

*organisation des salles et du matériel : les personnels de laboratoire ont été très fortement mobilisés ;

*un temps de concertation important, lourd mais souvent positif a été nécessaire avant l’épreuve.

*convocation des élèves : elle a été parfois faites « officiellement » par l’administration du lycée, parfois non.
Plusieurs collègues, ayant fait l’ECE avant la fin des cours, ont constaté que les élèves ne se trouvaient pas en condition d’examen : l’absence de convocation en est visisblement une explication.

- Choix et préparation des sujets n’ont pas été simples :

Le choix des sujets a posé problème. L’arrivée tardive des sujets pour cette année a raccourci le temps du choix (mais trop tôt aurait sans doute provoqué un bachottage).

Mais c’est aussi l’organisation de l’ensemble de l’année qui est en cause : s’il n’y a pas de concertation en début d’année pour harmoniser le choix, la diversité des manipulations faites par les collègues peut engendrer une liste excessive de sujets à présenter pour l’ECE.

Par souci d’équité, les collègues ont parfois cherché à présenter des sujets de difficultés semblables, ce qui est d’une très grande difficulté, sauf à réduire le nombre à très peu de sujets.

La connaissance des sujets par les élèves avant l’épreuve a aussi été un problème dans certains établissements : ce ne sont pas 25 sujets mais 13 principaux (et 7 accessoires) qui étaient possibles. Au vu des TP déjà faits, le choix était facile. De plus la pression inquisitrice des élèves a été assez génante.

Ce sont en moyenne 9 sujets par établissement qui ont été pris. Le plus souvent de 8 à 10. Le minimum est de 3, le maximum est de 13. Si les plus petits lycées ont souvent présenté moins de 9 sujets, si les plus gros en ont présenté souvent plus de 9, la liaison entre le nombre de professeurs des lycées moyens et le nombre de sujets proposés n’est pas évidente. Ceci est sans doute à mettre en relation avec l’harmonisation variable entre collègues en début d’année et la liberté pédagogique de chacun.
Si 82% des établissements n’ont pas modifié les sujets de la banque, c’est parfois en rejetant certains qui nécessitaient des modifications.

Les modifications faites portent essentiellement sur les barèmes, affinés par les équipes, et sur du matériel plus disponible localement.

La préparation a nécessité bien souvent entre 15 et 20h supplémentaires, voire plus.

- Difficultés au moment de l’évaluation :

* observer de façon précise et détaillée 4 élèves en même temps est considéré à la fois comme très difficile et source d’inégalité d’évaluation entre élèves : il est impossible de voir si 4 (même 3) élèves sur un microscope centrent bien ou si les produits sont déposés comme il faut dans les puits de gélose ; même remarque pour la réaction de Hill.. Par défaut, la notation est alors favorable aux élèves.

* de ce fait, noter de façon identique la même manipulation, la même compétence, avec plusieurs élèves est délicate pour un même professeur, encore plus pour plusieurs !

- Après l’évaluation :

plusieurs collègues regrettent ne pas avoir eu (pris) le temps de réunir tous les examinateurs d’un lycée afin d’harmoniser les notes pour gommer les difficultés signalées précédemment.

- Rétribution

le temps passé à la préparation (entre 15 et 20h en moyenne) puis celui à faire passer l’épreuve (19 élèves en moyenne par professeur avec une heure par élèves) n’a pas , en général, été rétribué. Or pour 50% des établissements, l’ECE a été faite avant la fin des cours, c’est à dire en supplément du temps normal, et à une période de conseils de classe. Cette situation est dénoncée par beaucoup . La charge d’évaluation est moins ressentie lorsqu’elle s’est passée après la fin des cours ... sauf par ceux qui n’ont pas de TS.

20% cependant ont obtenu « quelque chose » : rares sont ceux qui ont eu des HSE. C’est en fait sur la libération de quelques heures que s’est faite la compensation : quelques heures de cours (les dernières), quelques surveillances, ..


Cette absence de rétribution selon des critères précis pour cette épreuve de bac n’est pas admissible.

- Difficulté des élèves

Pour la moitié des établissements, des élèves ont eu des difficultés liées :

* au sujet lui même : I2 G Num03 (Anagène), I5 G Num 03 (Sismolog), I5 G Obs 12 (Gabbros),I7 B Pro 03 (ELISA), II2 B Num 01 (Anagène), II 3 B Pro 11(Organes de réserve)

* au logiciel : I2 G Num 03 (Anagène), I5 G num 03 (Sismolog), II3 B Pro 11(Radiations sur phase photochimique) ;
à l’EXAO : II3 B Pro 07(Levures), 03 (Photosynthèse), 04(Photosynthèse)

* au matériel Bio : I3 B Obs1 (Sordaria),II1 G Obsv 08 (Pollen)

* autres : compréhension des consignes, apport de connaissances

Les sujets sont mentionnés une à 2 fois sauf Anagène et Sismolog qui le sont plus souvent. I2 G Num 03 a une moyenne de 14,25 et Sismolog de 13, 37 : ce ne sont pas les plus basses mais elles sont en dessous de la moyenne (14,44).

Mais pour 90% des collègues, les barèmes favorisent (de façon inégale selon les sujets) les élèves : pour certaines manipulations, des élèves qui n’ont pas compris ont cependant 10 au minimum. Cela décridibilise fortement l’épreuve (même si les élèves y gagnent).

Les résultats par sujets : voir tableau .

De 17,2 à 12,4 ces notes révèlent deux choses, largement reprises par les collègues dans leurs commentaires :
même si des notes en dessous de 10 ont été données, l’ECE donne majoritairement des points aux élèves. En soit, c’est bien. Mais comme la moyenne de l’épreuve écrite est entre 10 et 12, il est clair que l’ECE ou est plus « facile », ou évalue des capacités « insoupçonnées » dans l’écrit.

Les différences entre les sujets sont importantes : pratiquement 5 points d’écart entre la moyennes.

C’est ce sentiment d’inégalité où la chance/malchance joue un rôle important qui est insupportable pour des élèves et beaucoup de professeurs.

B-Bilan et perspectives

Le bilan

Il est contrasté !

- l’ECE apparaît positive à plusieurs égards :

* elle valorise les horaires et dédoublements de TP. Alors que les TP existent sous leur forme actuelle depuis des années sans être justifiés par une évaluation terminale, l’argumentation des IPR et IG sur le risque de disparition des horaires dédoublés fait toujours son effet...

* elle valorise le travail fait en TP : les professeurs en font plus et les élèves les pratiquent de façon plus assidue ;

* elle valorise la réussite des élèves : c’est souvent 3 à 4 points qui sont gagnés (coefficient 6 ou 8).
Ces deux dernières remarques sont faites sur des constats effectifs.

Mais même ceux qui « positivent » fortement l’ECE émettent des réserves sur un certain nombre de points.

l’ECE apparaît imparfaite, parfois négative, à beaucoup d’égards :

* c’est surtout l’inégalité des élèves devant les sujets et devant le contrôle local qui est fortement décriée : elle entraîne trop d’injustice, ressentie par les élèves eux mêmes.

* en second lieu, la charge de travail supplémentaire très importante reposant entièrement sur les épaules des collègues enseignants, sans aucune rémunération : elle entraîne un « ras le bol » et également un sentiment d’injustice.

* cet alourdissement, pour quelques points (à tempérer avec les coefficients), apparaît contradictoire avec l’organisation du bac décriée par ailleurs.

* mais c’est aussi sur le travail dans l’année par rapport à l’ECE qu’apparaissent des risques importants :

>l’approche plus technicienne des TP au dépend de la réflexion et de l’intérêt scientifique ;

>la réduction du temps global d’acquisition des connaissances scientifiques au dépend d’un bachottage des TP.

Perspectives

Dans l’hypothèse (mis en débat par plus d’un) de la poursuite de l’ECE, plusieurs évolutions devraient être entreprises :

revoir les sujets encore plus qu’ils ne l’ont été pour cette année, afin de réduire le plus possible leur inégalité : plus de justice et d’équité sont demandées par les élèves et leurs professeurs ;

mettre des moyens en plus :

* pour que l’organisation administrative de l’ECE ne soit pas à la charge des professeurs ; qu’elle permette un véritable anonymat de l’évaluation ;

* pour que la charge, de toute façon supplémentaire, des professeurs et des personnels de laboratoire soit justement rétribuée ;

* pour que les établissements aient les moyens financiers de proposer plus de sujets , dans des situations réelles.

- permettre véritablement que l’ECE soit possible sans risque pour le travail dans l’année :

- augmenter l’horaire de TP d’une demi heure par groupe ;
modifier le programme obligatoire pour plus d’applications expérimentales.

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