Rapport Bentolila

Grammaire

Analyse Rapport Bentolila

RAPPORT BENTOLILA : un pétard mouillé !

Le rapport prétend clore la question de l’enseignement de la grammaire sur la base de déclarations fermées sur elles-mêmes, alors que les enseignants, conscients des difficultés rencontrées par leurs élèves, sont en attente de mesures politiques ambitieuses.

Cela passe par une réflexion collective approfondie qui tiendrait compte de la recherche dans son ensemble et non du simple point de vue de M. Bentolila.

Le rapport pose peu d’éléments sur la situation actuelle : le diagnostic, très superficiel, se fonde sur des impressions plus que sur des faits avérés. Une enquête scientifique sérieuse s’imposait pourtant pour partir de ce qui se fait en classe, des connaissances et des lacunes réelles ou supposées des élèves.

Les éléments historiques sont très pauvres. L’histoire de la grammaire française et de son évolution, pourtant essentielle, est totalement ignorée.

La grammaire est présentée comme une norme qui s’impose à tous. Ses variations historiques, sociales ou régionales sont laissées de côté.

Le rapport s’arrête au collège alors que les programmes prescrivent l’étude raisonnée de la langue jusqu’en Première. Ne valait-il pas mieux tracer un plan d’apprentissage de la maternelle à la Terminale ? Au lycée, l’apprentissage de la langue reste à construire.

Au collège, le rapport préconise de nombreuses mesures que nous appliquons déjà et qui figurent largement dans les programmes.

Il contient beaucoup d’inexactitudes ainsi que des oublis fâcheux : rien sur le lexique, rien sur la subordination, rien sur la nature et la fonction des mots, rien sur l’oral...

Le débat sur les terminologies nous semble très mal posé : certains mots « savants » recouvrent une réalité toute simple, alors que d’autres, plus communs renvoient à des concepts très complexes. Pourquoi ne pas réfléchir plutôt à une terminologie permettant d’agir avec la langue tout en faisant sens pour les élèves ? Les termes employés à l’école devraient-ils être toujours compris des parents, les renvoyant, de façon rassurante à leur ancienne expérience scolaire ? Si l’on ne doit enseigner aux élèves que ce que leurs parents comprennent, autant les laisser à la maison. Certaines terminologies anciennes ont d’ailleurs été abandonnées à juste titre car elles étaient obsolètes, voire fausses ! L’école doit pouvoir évoluer tout en restant lisible.

« Partir du simple pour aller vers le complexe » ne nous semble pas opératoire : rien ne sert de se cantonner aux phrases simples car dans la « vraie vie », elle le sont rarement ! Pourquoi ne pas s’interroger au contraire sur des pratiques permettant à l’élève d’intérioriser une notion grammaticale abstraite afin qu’il puisse l’identifier dans tous les types de phrases ? L’apprentissage du code de la route, certes nécessaire, n’a jamais permis à lui seul de conduire !

Une fois de plus, on apporte des réponses toutes faites et souvent caricaturales à des questions très complexes. Et quid des diminutions horaires qui nous obligent à aborder les notions dans l’urgence sans pouvoir les approfondir ? Les collègues n’ont pas besoin qu’on les assomme de recettes injonctives souvent contradictoires ou bien qu’on jette le discrédit sur leur façon d’enseigner alors qu’il demandent une meilleure formation initiale et continue, ainsi que de meilleures conditions d’exercice. Considérés une fois de plus comme de simples exécutants, ils n’ont pas été conviés à donner leur avis. Dommage.

Valérie Sultan
Groupe Lettres

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