Actualité théâtrale

Au Théâtre Les Déchargeurs, jusqu’au 19 décembre 2009

"Albertine Sarrazin" de et par Mona Heftre, d’après l’œuvre d’Albertine Sarrazin

Albertine Sarrazin eut une vie courte et tumultueuse. Abandonnée à la naissance, elle passe son adolescence dans une maison de redressement à Marseille où elle se forge une mentalité d’opposition et de provocation. A seize ans, après s’être échappée du Centre, elle se retrouve à Paris où elle se prostitue. Alors qu’elle purge une peine de sept ans pour hold-up, Albertine s’évade et se brise l’astragale. Elle est recueillie par Julien Sarrazin qui a également eu maille à partir avec la justice et se trouve en cavale. Ils retournent en prison, s’y marient. A la sortie, les deux ouvrages qu’Albertine à écrit pendant ses incarcérations sont publiés par Jean-Jacques Pauvert et connaissent un succès de librairie. Albertine meurt quelques temps plus tard au cours d’une opération chirurgicale. Elle a vingt neuf ans.
Il y a des rencontres heureuses. Celle de Mona Heftre avec les textes d’Albertine Sarrazin est de celles-là. Comédienne fine, subtile et élégante (au très riche itinéraire artistique, en particulier aux côtés de Jérôme Savary… pour voir son site), elle sait donner au style pointu, hérissé et sensible de l’auteur tout ce que sa prose contient de gouaille, de provocation et de sensibilité.
Sa gestuelle précise, presque chorégraphique, accompagne le récit et ce regard si particulier que l’auteur porte sur elle-même et sur le monde dont elle est gourmande. L’humour incisif est là pour dédramatiser, pour montrer à quel point cette jeune femme pleine de vitalité et de confiance, puisait dans les moments de plaisir et dans leur contraire, l’énergie qui lui permettait d’avancer d’un même pas, quelles que soient les circonstances…
Même si elle a passé un quart de sa vie en prison, Albertine Sarrazin n’exprime aucun regret. La publication de ses livres l’a guérie de toutes ses blessures.
La mise en scène de Manon Savary est simple et efficace comme le sont les éclairages discrets. Les parties chantées qui sont la mise en musique de poèmes écrits par Albertine Sarrazin viennent à point et, dans ces moments là, on apprécie Mona Heftre chanteuse qui sut, même après Jeanne Moreau, marquer de son talent les chansons de Rezvani…
Un spectacle à voir absolument.
Francis Dubois

Théâtre Les Déchargeurs
3, rue des déchargeurs – 75001 PARIS
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 08 92 70 12 28
ou www.lesdechargeurs.fr

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