Travail des élèves, soutien

Aider... oui mais comment ?

La question de l’aide n’est pas une question périphérique, marginale à l’acte d’apprendre.

Comme dans les prescriptions pharmaceutiques, elle ne peut se réduire à des " précautions d’emploi " ni à l’évitement " d’effets indésirables ". Poser la question de l’aide est poser en son centre ce que peut signifier apprendre, pour et par un sujet qui peut s’y affronter. Un apprendre qui, bien plus qu’un apprendre à apprendre, peut devenir pour chacun un apprendre à comprendre – à se comprendre – avec la double connotation d’un comprendre pour soi et d’un comprendre entre soi.

La question de l’aide, tout comme celle de la pédagogie, implique des présupposés philosophiques, éthiques, culturels qui en conditionnent (dans la lucidité ou dans l’insu) les conceptions et les modes de réponses qui y sont apportés. Elle ne peut donc être abordée en premier lieu immédiat.

Bien en amont, c’est un certain positionnement philosophique face à ce qui fait l’humain qui est posé. Car l’homme ne naît pas homme, il le devient. Sa caractéristique est de porter en lui les potentialités pour le devenir " si " les situations qu’il vit en rendent possible la mise en acte.

L’enfant de l’Aveyron nous le rappelle. Se tenir debout, marcher, parler, penser... ça s’apprend, c’est à dire ça se construit , dans une interaction entre soi et les autres, au sein de situations où les potentialités de chacun, dans la mesure où elles sont effectivement mobilisées, peuvent devenir capacités.
Et c’est là, dans l’existence ou non de situations propices, dans la nature de leur déroulement, dans
celle de l’environnement humain, relationnel, culturel, que viennent ou non se loger, s’enkyster même, empêchements et difficultés. C’est donc là, quand vient le temps scolaire de l’apprendre, que va être décisive la nature des situations vécues. Bien sûr des difficultés ont pu s’accumuler. Et le pari est grand de devoir renverser la tentation d’un " trop tard " en un " il est encore temps !".

Tenter d’aller chercher, sous la surface visible des difficultés la marque d’une logique qui s’y cache
(s’appuyant sur quelque repère, fut-il sporadique, de savoir). Aller jusque là, pour que le sujet puisse
se reconnaître dans ce balbutiement, dans ce point de rencontre de l’expérience humaine où une intelligence en reconnaît une autre, un sujet en reconnaît un autre. Point fragile et souvent très fugace où se joue " l’empathie ", condition pour que soit accueillie la partie immergée, méconnue, de potentialités inemployées, voire méconnues, aussi bien par l’un que par l’autre, tant les portes qui y accèdent sont petites, souvent terrées...

Mais des obstacles proprement pédagogiques demeurent à affronter, à expliciter pour les transformer en leviers.

Et c’est précisément là que sont générées des inégalités entre les hommes, par rapport auxquelles Helvétius, depuis le siècle des lumières, nous met en garde : " L’inégalité de leurs capacités est toujours l’effet de la différence des situations où le hasard les a placés ".

Mais alors qu’en est -il face aux difficultés accumulées ?

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