Textes officiels

2008 : Introduction à la maîtrise de l’information Rapport de l’Unesco

Le rapport sur la maîtrise de l’information rédigé par Forest Woody Horton Jr à la demande de l’UNESCO se veut un outil de réflexion pour aider les décideurs de tous horizons à comprendre ce que l’on appelle la maîtrise de l’information, ses enjeux et ses problématiques. Il fait suite à un certain nombre de colloques qui se sont réunis sur ce thème.

Dans un monde en mutation, où l’information circule majoritairement en format numérique et où les NTIC bouleversent à la fois notre rapport à l’information mais aussi sa nature même, la maîtrise de l’information apparaît comme un des enjeux de la société contemporaine. De fait, l’auteur classe la maîtrise de l’information parmi ce qu’il appelle « la grande famille des « maitrises pour la survie » au XXIe siècle » : la lecture, l’écriture, l’expression orale et le calcul ; la maîtrise de l’informatique ; la maîtrise des médias mais aussi l’enseignement à distance et le cyber-apprentissage ainsi que la maîtrise culturelle.

Mais qu’entend-on par la maîtrise de l’information ? Il s’agit tout simplement des capacités et compétences qui vont permettre à un individu de rechercher et utiliser l’information à des fins personnelles, sociales ou professionnelles. Être capable d’identifier un besoin d’information, transformer ce besoin en mots et expressions qui permettront la recherche. Savoir chercher et trouver cette information, la comprendre, l’organiser, évaluer sa crédibilité et sa fiabilité, déterminer sa pertinence, éventuellement la communiquer.

L’auteur fait une distinction très nette entre la maîtrise de l’information, la maîtrise de l’informatique et la maîtrise des médias. La maîtrise de l’informatique porte sur la maîtrise du matériel et la maîtrise des logiciels et applications. La maîtrise des médias suppose qu’on soit familiarisé avec leur utilisation, mais aussi qu’on sache comprendre et interpréter les contenus. La formation aux médias apparaît donc clairement comme un enjeu de citoyenneté.

Ces trois domaines sont bien évidemment interconnectés mais on ne peut les réduire l’un à l’autre, ce qui malheureusement est souvent le cas avec la focalisation excessive sur la maîtrise informatique. Si la maîtrise technique est essentielle, elle ne peut dispenser d’une formation intellectuelle, seule garante d’une utilisation raisonnée.

L’auteur fait une large place à la maîtrise de l’information dans le domaine éducatif. Il insiste sur la nécessité de penser cette maîtrise à la fois comme un élément interdisciplinaire mais aussi comme un élément spécifique qui doit être enseigné comme tel. Or malheureusement, à l’heure actuelle on ne retient que l’aspect transversal sans s’interroger sur les contenus de cette maîtrise.

Pour favoriser la mise en place d’un tel enseignement, l’auteur fait un certain nombre de recommandations et suggère des pistes de travail :
- La formation des éducateurs.
- L’élaboration de réels programmes d’enseignement.
- Le développement de pratiques pédagogiques actives permettant de développer cette maîtrise.
- L’intégration de la maîtrise de l’information dans l’évaluation des élèves.
- La prise en compte des avancées de la recherche dans le domaine de l’information.
- La mise en place dans les évaluations internationales sur l’éducation, d’indicateurs sur la maîtrise de l’information.
L’auteur va même jusqu’à suggérer la création d’une nouvelle profession de « conseiller en maîtrise de l’information » dont la mission principale serait de fournir conseils et assistance dans ce domaine.

Comme on le voit, le SNES est très proche de cette analyse et plusieurs des recommandations faites par l’auteur (formation des enseignants, instructions officielles, développement de pratiques pédagogiques particulières) font partie intégrante des mandats du SNES. La distinction qui est faite entre maîtrise de l’informatique et maîtrise de l’information, les définitions qu’il en donne pourraient être un bon point de départ pour repenser le B2i. Par ailleurs, comment ne pas relever au moment même où l’avenir du métier de professeur documentaliste paraît très menacé, cette référence à la profession de « conseiller en maîtrise de l’information » ? Comment ne pas s’étonner encore une fois, à l’heure où l’UNESCO fait de la maîtrise de l’information l’une de ses priorités, de la destruction progressive de notre fonction ?

D. Chabant, Groupe Documentation - Secteur contenus (Snes)

Mai 2008

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