Réunions et stages nationaux

1988 Mémorandum sur les CDI et la situation de leurs personnels.

Depuis plusieurs années le discours officiel consacré aux Centres de Documentation et d’Information ainsi qu’à leurs personnels n’a pas manqué d’être à la fois abondant et flatteur. Nous avons, franchement, le sentiment que les précédents Ministres de l’Education Nationale, à défaut d’une politiquement permettant aux CDI de se développer ont préféré le terrain, certainement plus facile, des déclarations d’intention. On peut remarquer cependant, que plus le nombre de postes de documentalistes-bibliothécaires créés tend vers zéro, plus le discours a tendance à être favorable aux CDI (dans la dernière année scolaire, quatre publications officielles ont placé les CDI et leurs personnels au centre de leur propos).

Les personnels y voient, certes, une confirmation appuyée de leur rôle dans la formation des élèves du second degré et s’en réjouissent mais la permanence de l’impasse sur la création du Capes documentation et sur le développement des CDI ne leur permet pas d’apporter beaucoup de crédit à cette sollicitude. Elle leur paraît plutôt destinée à les faire attendre le plus longtemps possible. C’est bien pourquoi, à l’initiative du SNES, tant dans le cadre de son action générale (le 22.11.87) que dans des actions particulières (journée nationale du 5 juin 1985, Assises Nationales de Janvier 1986, pétitions nationales de 1984, 1986 et 1988) les documentalistes bibliothécaires se sont mobilisés pour que les deux dossiers importants qui le concernent aboutissent enfin :

-  la création du Capes documentation ;
-  une politique de développement des Centres de Documentation et d’Information.

1 - LE CAPES DOCUMENTATION

1.1. - LA SITUATION ACTUELLE DU RECRUTEMENT ET DE LA FORMATION DES DOCUMENTALISTES

Le recrutement actuel des documentalistes est régi par le décret n° 80-28 de Janvier 1980 ainsi que par la circulaire n° 82-301 du 15 juillet 1982.

Ce « recrutement » a la particularité, même quand il est respecté, de ne pas recruter les personnels sur la base d’une qualification, mais d’une prétendue « motivation ». La procédure a même ceci de particulier qu’elle permet aux recteurs d’empêcher les représentants élus du personnel de jouer leur rôle dans la gestion des personnels, elle leur permet aussi d’affecter en documentation-bibliothéque des professeurs en difficultés professionnelles ou personnelles qui, faute de moyens suffisants en réadaptation, ne trouvent pas dans ces fonctions les conditions favorables à leur réinsertion. En outre, cette pratique détourne complètement les missions qui incombent aux documentalistes-bibliothécaires. Enfin, dans de nombreuses académies, les recrutements n’ont lieu, finalement, que sur critères géographiques !

Ce dispositif est inamendable et depuis 1984, nos interlocuteurs au sein du Ministère (Cabinet, DPE, Inspection Générale) reconnaissent qu’il faut profondément transformer les modalités de recrutement des documentalistes.

1.2. NECESSITE D’UN RECRUTEMENT PAR LA VOIE DES CAPES AGREGATIONS

Ainsi que nous le disions dans notre courrier de Juin 1985 à Monsieur BARRET, au Cabinet de Monsieur CHEVENEMENT, alors Ministre de l’Education Nationale, puis à Monsieur ROBERT, Directeur des Personnels Enseignants, en Février 1986, la seule voie pour recruter des personnels qualifiés pour les CDI est celle du Capes et de l’agrégation. Nos conceptions en la matière n’ayant pas changé, nous vous renvoyons à ces documents joints en annexe I et II.

A la suite de ces démarches, le Ministère avait ouvert des discussions afin d’aboutir à un projet ouvrant une section « M » au sein du Capes. Des projets d’arrêtés nous avaient été soumis et avaient pu être améliorés quand, pour une raison qui nous demeure inconnue, le Cabinet de Monsieur CHEVENEMENT, début Mars 1986 décidait de ne pas soumettre le projet aux avis du C.E.G.T. de mars 1986, nous avons poursuivi nos efforts tant auprès du Ministère de l’Education Nationale qu’auprès des services du Premier Ministre pour que le projet soit repris.

En juin 1987, le Directeur des Personnels Enseignants nous présentait, oralement, un projet de Capes Documentation qui, comparé au précédent, paraissait prendre en compte certaines de nos remarques. Votre prédécesseur, Monsieur MONORY ne s’est pas fait faute, dans de multiples réponses à des questions de parlementaires et devant la commission des Affaires Culturelles de l’Assemblée Nationale, de manifester sa décision d’aller vers la création d’un Capes de documentation....

Ainsi, depuis trois ans que le Ministère nous dit travailler à l’étude de ce Capes, rien n’est encore sorti. En attendant, les documentalistes en exercice sont toujours écartés, de fait, des maigres possibilités d’accéder au corps des certifiés par les concours internes, puisque sans Capes externe, le Capes interne en documentation ne saurait exister.

Pour nous, la création du Capes documentation, y compris le Capes interne, outre ses avantages quant à la qualification scientifique et pédagogique des personnels, présente celui de celui de s’inscrire dans une perspective d’unification des personnels dans ce domaine : lycées, collèges, lycées professionnels, surtout s’il est complété par un plan d’intégration des AE dans corps des certifiés. En matière de gestion des personnels le recrutement « interne » tel qu’il existe actuellement est de plus en plus difficile. En témoigne le nombre extrêmement important de postes qui demeurent vacant au terme du mouvement national.

Il est certain que des recrutements externes de personnels qualifiés seraient plus productifs en offrant des débouchés à des étudiants titulaires de qualifications en communication, documentation, information. Enfin, en créant une section documentation au Capes, les problèmes posés par la notation et l’avancement des actuels certifiés documentalistes se trouveraient résolus.

Il nous semble que pour toutes ces raisons, il est urgent et indispensable que ce dossier connaisse, enfin, une issue positive et nous vous demandons de faire le nécessaire pour que les discussions reprennent rapidement.

2 - POUR UN PLAN PLURIANNUEL EN FAVEUR DE LA DOCUMENTATION

La situation des Centres de Documentation et d’Information des établissements du second degré de notre pays n’est pas bonne. Déjà, en 1983, le rapport de Monsieur l’Inspecteur Général QUENCEZ mettait l’accent sur la situation préoccupante des CDI. Les résultats déjà connus de l’enquête que l’Inspection Générale a lancée cette année ne font que confirmer cette analyse.

Il convient donc de concevoir un plan pluriannuel permettant aux établissements de se doter des CDI à la hauteur des besoins du système éducatif. C’est aussi dans cette perspective que s’inscrivent nos demandes concernant la création du Capes Documentation.

2.1. - CRÉER DES POSTES

-  environ 40 % des collèges sont toujours dépourvus de tout poste de documentaliste ;
-  la moitié des lycées professionnels est dans la même situation ;
-  la plupart des lycées (y compris à gros effectifs) ne possèdent qu’un poste.

Il s’ensuit donc soit, l’absence d’un outil indispensable à une pédagogie moderne efficace pour la formation des élèves, soit des centres de documentation ayant une telle charge de travail que le service dû à l’ensemble de la population scolaire en pâtit.

Le système de la dotation horaire globale qui s’applique depuis quelque temps dans l’éducation nationale empêche la création des postes nécessaires puisqu’elle contraint les administrations locales à prendre sur leurs dotations pour les disciplines les moyens nécessaires à la création de nouveaux postes en documentalistes. C’est ainsi que de 1982 à 1987, le nombre de créations est tombé de 550 à une trentaine seulement. Une politique volontariste en la matière passe donc inéluctablement par un plan de créations à l’échelon national.

2.2. - LES RESSOURCES DOCUMENTAIRES

Le rapport QUENCEZ établissait que la moitié des établissements possédait des collections inférieures à 2000 volumes, 30 % entre 2000 et 5000 et 20 % plus de 5000. Comment offrir aux élèves une documentation riche et pluraliste, capable de répondre aux besoins de tous si l’on en reste à des fonds aussi squelettiques ? D’autant que les produits documentaires, en se diversifiant, deviennent de plus en plus onéreux.

Offrir aux enseignants et aux élèves les documents multimédia nécessaires à leur formation et à leurs activités exige que la nation dote les CDI de telle sorte que les collections atteignent le niveau nécessaire et que les accroissements indispensables puissent être assumés par les établissements.

2.3. - L’INFORMATISATION DES CDI

Les techniques de traitement automatisé de l’information en font plus que jamais des outils indispensables dans les CDI.
Des produits informatiques permettant de constituer de véritables bases locales de données, permettant de partager le travail de traitement des documents ont été mis au point au sein même du service public d’enseignement (cf. SIDERAL et MEMOLOG). Ils exigent cependant des établissements la mobilisation de ressources importantes que la plupart d’entre eux ne peuvent se permettre.

Nous pensons qu’en liaison avec la mise en service de la banque de données du CNDP « Mémoire de l’Education », un plan d’équipement des CDI en ordinateurs doit permettre :
-  une activité plus efficace des documentalistes en les libérant d’opérations que cet outil pourra accomplir à leur place (gestion des fichiers, gestion du prêt) ;
-  de concentrer davantage l’activité des personnels des CDI sur la médiation pédagogique nécessaire à la formation des élèves ;
-  de mettre les élèves en en situation d’utiliser un outil informatique authentique et de s’initier aux recherches sur les banques de données.

2.4. - CREER ET RENOVER LES ESPACES DOCUMENTAIRES

Un grand nombre d’établissements, lorsque leur CDI a été créé, ont dû le placer dans des locaux inadaptés ou mal placés dans l’espace scolaire. D’autres ont dû retrancher du CDI des locaux qui leur faisaient défaut pour accueillir une population scolaire sans cesse croissante. Les normes architecturales qui, aujourd’hui, chiffrent à 10 ou 15 % de l’effectif la capacité d’accueil des CDI paraissent bien utopiques quand on les compare à la réalité du terrain. Les investissements que l’éducation nationale n’a pas su faire en son temps doivent être programmés. Ils sont, du reste, indispensables si l’on veut atteindre les objectifs de développement de la capacité d’autonomie de l’élève, d’auto documentation, si l’on veut que les CDI soient des espaces aptes à prendre leur place dans la lutte contre l’illettrisme.

Enfin, le mobilier sélectionné par l’UGAP pour équiper les CDI a largement, démontré sa piètre qualité. Ces équipements, pourtant récents, sont fatigués, parfois dangereux et détériorent les collections. Ils doivent donc être remplacés.

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Les CDI, dont on aime à dire qu’ils sont des lieux essentiels de la vie scolaire, révèlent une situation fort sombre. Nous ne le disons pas par catastrophisme. D’autres que nous au sein du Ministère de l’éducation nationale le disent aussi. Quelques vitrines ou réalisations exemplaires ne doivent pas masquer cette réalité conséquence d’une politique qui considérait les coûts de l’éducation nationale comme une charge et non comme un investissement éducatif.

Nous ne doutons pas que la tâche soit immense. C’est une raison supplémentaire pour commencer rapidement à s’y atteler. C’est aussi la raison pour laquelle nous demandons un plan pluriannuel pour amener les CDI au niveau qu’exigent les ambitions de notre pays pour la formation des jeunes.

Ce document a été élaboré en 1988 par le Collectif National Documentalistes du SNES. Il avait été envoyé au ministère, aux associations de parents d’élèves, aux élus...Il a fait partie des nombreuses initiatives du SNES qui ont contribué à la création du CAPES l’année suivante.
A consulter la circulaire de 1982 (abrogée en 2003) et notre commentaire,
les archives des articles US et les US spéciales documentalistes.

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